La bataille de l’information doit commencer.

Vincent Rey – le 29 janvier 2018

En 1933, le régime nazi qui avait très bien compris le parti qu’il pouvait tirer des nouvelles technologies (à l’époque la radio et le cinéma) cherchait un réalisateur officiel. Le cinéaste allemand le plus renommé d’alors s’appelait Fritz Lang, et il fut convoqué au ministère de la propagande, pour y rencontrer Goebbels. Au cours de l’entretien, Fritz Lang avoua à Goebbels qu’il avait du sang juif, du côté de son père(0). Le nazi, qui le voulait absolument à ses côtés, lui répondit avec bonhommie : « Monsieur Lang…NOUS décidons qui est Aryen, et qui ne l’est pas ! » Le lendemain, Fritz Lang qui n’avait aucune envie de collaborer, s’enfuit à l’étranger, emportant les bijoux de sa femme pour payer le voyage. Les nazis se tournèrent alors vers Leni Riefenstahl.

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Quand chercher un emploi devient aussi difficile que de trouver un billet de 500 balles

Vincent Rey, billet publié initialement sur le blog de Paul Jorion, le 5 février 2017

On blâme volontiers en ce moment, les chômeurs qui ne cherchent pas VRAIMENT un emploi.

Cela m’amène 2 réflexions :

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2400 licenciements chez Carrefour. Ne le voyez-vous pas, le « système » ?

Vincent Rey, 25 janvier 2018

Alexandre Bompard est PDG de Carrefour depuis cet été. Il a laissé en plan la fusion FNAC-DARTY, une mission inachevée pour laquelle il a perçu selon Médiapart, la somme de 12 millions d’euros. Ce 23 janvier 2018, il présentait son plan de « modernisation » pour le groupe CARREFOUR, un plan ambitieux, puisqu’il prévoit la suppression de 2400 emplois.

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NON : on ne va pas tous crever !

Je viens de voir la dernière vidéo de Paul Jorion, et décidément non, ce n’est pas possible.

Pour moi, Paul Jorion était la seule personne qui pouvait représenter un espoir pour la Terre et l’espèce humaine, parce qu’il convoquait l’économie, le capitalisme, pour nous sortir de l’ornière, ce n’était pas de la simple écologie de bazar, consistant à cultiver ses poireaux dans le jardin.

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Intelligence artificielle de l’Ordinateur, angoisses métaphysiques de l’Homme…

Vincent Rey le 18 01 2018

Le 11 mai 1997 fut une date historique. Ce jour là, l’ordinateur « Deep Blue » battait aux échecs Garry Kasparov. Le joueur russe, conscient de ce qu’il symbolisait, sortit furieux de la rencontre, déclarant «Je pense qu’il est temps pour « Deep Blue » de jouer aux vrais échecs et je peux vous promettre à vous tous que si « Deep Blue » joue à la régulière, je vous le garantis, je le réduis en pièces». Mais que voulait vraiment dire Kasparov ?

Aux échecs comme au tennis, l’ascendant psychologique joue un rôle. Il est important de remporter le premier set au tennis. Aux échecs, c’est la même chose, celui qui remporte la première des 6 parties prend généralement un ascendant psychologique sur son adversaire.

Or, en 1997, « Deep Blue » a perdu la première partie, et pourtant, tout montre que c’est lui qui a pris l’ascendant psychologique sur Kasparov.  C’est sans doute que les ordinateurs ne sont pas des partenaires comme les autres…

Des analystes ont depuis décortiqué cette première partie. Au 44ème coup, un bug empêche « Deep Blue » de jouer (1) , il tourne en rond dans une boucle sans fin ! Le logiciel d’IBM exécute alors une procédure de sauvetage, ce qui le conduit à jouer aléatoirement. A la vue de ce coup inexplicable (2) Kasparov s’engage alors dans ce qu’on peut appeler une peur irrationnelle. Il prête à l’ordinateur des capacités d’invention qu’il n’a pas, et ce sentiment perdurera bien au delà de la première partie. Le champion russe est sans doute le premier homme dans l’Histoire, a avoir ressenti la peur de la singularité technologique (3). Une peur injustifiée en l’occurrence, puisque d’une part, il est sorti vainqueur de cette première partie, et d’autre part, parce que « Deep Blue » était réellement en difficulté, ne sachant que jouer…

A la deuxième partie, le mal était fait dans le cerveau de Kasparov. Alors qu’il tente d’attirer la Dame de « Deep Blue » derrière ses lignes en lui ouvrant la prise de pions, l’ordinateur, contre toute attente, ne tombe pas dans le piège (4), préférant  fermer le côté droit de l’échiquier à une contre-attaque, en avançant un fou. Une nouvelle fois, la raison de Kasparov vacille. Il ne peut croire que ce mouvement est le fruit d’un calcul, et soupçonne la présence d’un grand maître. Il commet ensuite une erreur en laissant passer la possibilité d’une partie nulle, ce qui semble montrer qu’il était déstabilisé. Quelques coups plus tard, il abandonne la partie.

Les trois parties suivantes donnent un résultat nul, laissant les protagonistes à égalité de victoires. A la sixième partie, Kasparov fait une erreur de débutant, ce qui le conduit bientôt à sacrifier sa Dame, puis à abandonner en seulement 19 coups. Pour la première fois, l’Homme se trouve  vaincu, dans ce qu’il pensait avoir de plus unique : l’intelligence.

Cet événement, survenu en 1997, portait déjà en germe certains aspects de nos rapports futurs avec l’Intelligence Artificielle.

A la frontière de la compréhension, nous avons une propension à croire en des forces obscures. Nous perdons une paire de lunettes, nous sommes certains de les avoir posées dans un endroit, et pourtant on ne les trouve nulle part. Lorsque toutes les explications rationnelles ont été explorées, des soupçons absurdes nous assaillent : « est-il possible qu’elles se soient volatilisées ? ou qu’on me les ait volées ? ». Certainement Kasparov, au 44ème coup de la première partie,  a dû entrer en lutte contre sa propre propension à l’irrationalité. Pourtant,  « Deep blue »  n’a « bluffé » Kasparov que par accident, à la suite d’ un bug (5). Le champion russe n’ avait donc aucune de raison de soupçonner quoi que ce soit, dans la régularité de l’échange.

Si la partie avait eu lieu en 2018, Kasparov aurait eu de bonnes raison de soupçonner une véritable intelligence. La force de calcul n’est plus le seul atout des ordinateurs. Ils sont maintenant capables d’apprendre du comportement humain, et de s’entraîner en jouant des millions de parties contre eux-même. Le système « Libratus » (6), s’est imposé en 2017 sur 4 des meilleurs champions de poker. Il utilise un « algorithme adaptatif », basé sur la « minimisation du regret hypothétique ». Il analysait aussi les « vraies » parties jouées contre des humains, pour affiner sa stratégie. A l’issue des 120 000 mains qui furent jouées par l’ordinateur, l’algorithme était tellement affûté, que le champion humain Dong Kim déclara « (…) Aujourd’hui, j’avais les mêmes sensations qu’en jouant contre un tricheur qui aurait vu mes cartes (…).  Dong Kim aurait-il lui aussi quitté la rationalité, pour croire en l’omniprésence de « Libratus » ?

Cette aptitude du cerveau humain à quitter le champ de la rationalité doit définir la frontière de ce que nous confierons à l’Intelligence Artificielle.

Dans le domaine scientifique, l’Intelligence Artificielle peut certainement nous apporter beaucoup. On pense en particulier, à la conception de modèles climatiques, capables de prédire avec précision l’avenir du climat, une chose impossible aujourd’hui. Dans le domaine de la santé, l’IA sera d’une grande utilité, elle effectue déjà des corrélations, qui seraient impossibles pour le cerveau humain, ce qui permettra certainement de détecter, voire de prévenir, l’arrivée de maladies (7).

En revanche, utiliser l’IA pour résoudre des problèmes économiques, pourrait se révéler catastrophique. Aussitôt qu’une décision économique ne serait pas en faveur de tel ou tel groupe d’intérêt, des soupçons, ou des peurs irraisonnées, comparables à celle de Garry Kasparov émergeront. On se demandera quels intérêts sous-tendent les décisions de l’IA (« y,-a-t-il un grand maître derrière ? ») ou bien on soupçonnera toutes sortes de complots. La compréhension de l’IA nous étant impossible, toutes les justifications que l’on pourra donner, ou les invitations à la confiance, seront inutiles.

Par ailleurs, il faudra veiller à ce que l’IA ne tombe pas pour de bon dans les mains de « grands maîtres » économiques. On a déjà sous les yeux les problèmes que posent l’Hyper-trading financier, ces machines capables d’effectuer des milliers de transactions par seconde. Avec des techniques comme le « layering », ou le « spoofing » (8), les ressources des ordinateurs sont déjà utilisées par des acteurs financiers pour manipuler les cours. Avec l’IA, la tromperie des consommateurs, ou des manipulations indétectables pourraient devenir monnaie courante. On peut par exemple redouter des ententes monopolistiques, organisées par les IA de plusieurs firmes (9), et la détection de telles fraudes pourrait devenir impossible, si les États ne disposent pas de moyens en IA à la hauteur de ceux des puissantes entreprises qu’ils souhaitent contrôler. Il est déjà difficile pour les états de lutter contre l’optimisation fiscale (10) des grandes firmes, pourquoi en irait-il différemment, lorsqu’il s’agira de contrôler des manœuvres de dissimulation par l’IA ?

Enfin, il ne faudra pas laisser l’IA avancer cachée, car si la compréhension humaine du monde devient impossible aux humains, cela pourrait avoir pour effet de favoriser l’essor de courants de pensée irrationnels, religieux ou obscurantistes, et ce serait aussi une grande menace, car n’est pas un ordinateur qui tiendra le bulletin de vote, que l’on glissera dans l’urne. Ne voit-on pas déjà les signes avant-coureurs de cette incompréhension, avec tous ces mouvements « anti-système » qui fleurissent de par le monde, aux Philippines, aux USAs, en Pologne ? Le point commun des ces mouvements, n’est-ce pas déjà l’incompréhension devant la complexité de l’économie mondiale, et la précarité économique ?

L’IA pourrait-elle alors intégrer dans ses algorithmes, notre propension à l’angoisse devant l’inconnu, pour mieux parvenir à ses fins  ? Ce serait alors de deux choses l’une : ou bien l’Intelligence Artificielle ainsi « augmentée » deviendrait impuissante, car notre capacités à nous angoisser doit être à peu près infinie. Ou bien ce serait l’avènement d’une forme de totalitarisme protecteur. L’Intelligence Artificielle entrerait alors dans l’intimité de nos vies, pour nous faire éviter tous les écueils. L’intention serait bonne, mais n’aurions nous pas renoncé à la Liberté en entrant dans un tel univers ?

(1) le bug de « Deep Blue » au 44ème coup de la partie 1 de 1997

(2) La première des 6 parties Deep Blue – Kasparov de 1997

(3) La singularité technologique

(4) Deep blue ne tombe pas dans le piège de la partie 2

(5) Selon Murray Campbell, un des ingénieurs du projet Deep Blue, interviewé par Nate Silver dans son livre  The Signal and the Noise

(6) Auto-apprentissage et stratégie de Libratus

(7) l’IA au service de la maladie, Watson d’IBM

(8) Hyper-trading, Layering et spoofing, explications sur wikipedia

(9) De telles ententes entre firmes ont déjà été condamnées par le plus haut niveau de la justice. Pourquoi demain, se priveraient-elles de le dissimuler grâce à l’IA ? Selon l’autorité de la concurrence :   « De 1997 à 2003, ils (ndlr : Bouygues, Orange et SFR) ont procédé à des échanges d’informations stratégiques. De 2000 à 2002, ils se sont en outre réparti les parts de marché selon des objectifs qu’ils avaient négociés entre eux ».

(10) L’Etat peine déjà à suivre les montages effectués par des cabinets d’avocats fiscalistes.  L’IA réclamant des budgets conséquents, il y a fort à parier que les moyens de l’Etat seront tout aussi insuffisants pour contrôler que l’utilisation de l’IA reste dans le cadre de la loi.

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Un impossible rêve, la vertu écologique

Vincent Rey,  le 31 octobre 2017 (publié initialement sur le Blog de Paul Jorion)

Les appels à la « vertu écologique » ont beau être nombreux, la dégradation de l’environnement (0) suit son cours. Combien de temps nous reste-t-il, pour réaliser que la recherche de la vertu est un vœu pieux, en matière d’environnement comme en matière de santé ?

L’espoir de voir émerger un homme vertueux sera déçu. Chacun peut observer que l’Homme vertueux pour sa santé n’existe pas : on a beau connaître les bienfaits du sport et d’une alimentation équilibrée, l’obésité et le diabète progressent dans tous les pays industrialisés (1). L’Homme vertueux pour l’environnement se fera attendre tout autant car non seulement il ne s’agit pas de son intérêt personnel à court terme (2), mais de plus, l’intérêt collectif dont il s’agit est décalé dans le temps. À ces deux obstacles s’ajoute encore le fait que les invitations à enfreindre un comportement vertueux sont nombreuses, encouragées par les firmes, et même par les pouvoir publics. (3).

Face à cette situation périlleuse, il n’y a pas d’autre choix que de reprendre le contrôle de l’économie, une idée que refusent pourtant la plupart des économistes. La peur d’un retour au communisme y est sans doute pour quelque chose. Cet immobilisme, ainsi que l’imminence avérée du danger, contribuent à laisser se propager l’idée que « si chacun de nous ne fait pas un effort, nous risquons tous d’être anéantis ». Ce serait donc à chaque citoyen, de surveiller son activité, pour la rendre neutre pour l’environnement :

 –      À lui de ne pas laisser ses appareils en veille, alors que les centrales gaspillent 70% de la chaleur dégagée par le combustible nucléaire.

–      À lui d’éteindre son moteur au feu rouge, alors que le gouvernement se donne 2 ans pour augmenter de 10 millions le nombre annuel de visiteurs internationaux (4) déjà très élevé.

–      À lui de trier ses déchets ménagers (moins de 10% du poids total des déchets produits, selon l’Ademe), pendant qu’une « prime à la casse », envoie des milliers de véhicules au pilon…

–      Etc.

Nous sommes obstinés, nous voulons « croire » en l’émergence d’une « vertu écologique globale », qui résulterait en quelque sorte, de la somme de nos « vertus écologiques individuelles » (5). Cette croyance est une illusion, et nous pouvons bien nous moquer de ces évangélistes américains, affirmant que « Dieu ne permettra pas l’extinction de l’Homme », cette croyance là n’est pas moins risible. Cependant, on comprend cette fuite : d’une part la perspective d’une terre « poubelle », telle qu’elle est imaginée dans le film « Blade Runner », nous est insupportable. Et d’autre part la concurrence libre nous a apporté tant de bienfaits depuis 2 siècles, que nous mettons du temps à admettre qu’elle travaille maintenant contre l’Homme, en développant le chômage, et la pollution.

Nous préférons « croire » ce que nous espérons, la survenue d’un Homme meilleur, quitte à occulter les mises en garde de plus en plus nombreuses des scientifiques (0). Une attitude de déni, comparable à celle d’un homme amoureux, refusant d’admettre qu’il n’est pas aimé en retour, faisant des offrandes (6), suppliant l’être aimé de l’épargner, l’insultant bientôt, furieux de son impuissance. Le plus tôt un tel Homme trouve en lui la force de renoncer à ses faux espoirs, le mieux c’est pour lui, même s’il doit avoir, en abandonnant ses illusions, l’impression de se couper un bras. Cet Homme vertueux n’existant pas, alors inutile de perdre du temps : il faut regarder en face la TOTALITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE, pour en analyser secteur par secteur, ce qui impacte l’environnement : une tâche immense, révolutionnant non seulement toute la structure des revenus, mais aussi toute la structure des souverainetés et des influences.

Cette perspective d’instabilité totale, justifie amplement nos hésitations, pour ne pas dire notre refus d’aller vers cet avenir inconnu. Ce serait pourtant l’honneur d’un peuple, d’oser se lancer dans une telle aventure. De l’entreprendre sans violence, et en évitant les écueils du passé que furent la recherche de la vertu de Robespierre, la revanche de classe en URSS, ou la mise au ban des intellectuels pendant la révolution culturelle chinoise. Une voie courageuse, héroïque même, telle que le fut jadis la Révolution Française. Et qui peut dire, si cela nous coûterait si cher ?

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(0) Selon le récent bulletin annuel de l’OMM (Organisation Mondiale Météorologique) « La dernière fois que la Terre a connu une teneur en CO2 comparable, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était de 2 à 3°C plus élevée et le niveau de la mer était supérieur de 10 à 20 mètres par rapport au niveau actuel ». http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/rechauffement-climatique-il-n-y-a-jamais-eu-autant-de-co2-dans-l-atmosphere-selon-l-onu_2444106.html

(1) Selon l’OMS, il y avait 108 millions de diabétiques dans le monde en 1980, ils étaient 422 millions en 2016.

(2) Faut-il démontrer que l’intérêt particulier prévaut sur l’intérêt collectif ? Par exemple : « Je suis en retard pour aller au travail, je n’ai plus le temps d’y aller à vélo. » Que pèse alors cette minuscule contribution à la préservation de l’atmosphère face à la perspective d’un léger retard ? De même dans les Kolkhozes de l’ex-URSS, la réussite de la Révolution ne pesait pas lourd sur le moissonneur d’Ukraine, qui préférait regagner sa famille à l’heure prévue, même si un orage risquait de détruire la récolte.

(3) N’est ce pas encourager l’aliénation à la consommation, que d’autoriser la publicité sur les médias publics ? sur France Inter, la redevance sert maintenant en partie à la promotion d’Audi et de Citroën, alors qu’il était autrefois interdit de citer des marques.

(4) Le gouvernement Macron se donne 2 ans pour passer de 89 à 100 millions de touristes internationaux : https://www.lesechos.fr/26/07/2017/lesechos.fr/030467040469_tourisme—le-gouvernement-se-fixe–une-feuille-de-route–de-deux-ans.htm . Or selon J.-M. Jancovici, pour un voyage en long courrier, « chaque passager (…) émet autant de gaz à effet de serre que s’il était seul en grosse voiture sur la même distance ». Chaque touriste supplémentaire, chinois par exemple, émettrait donc pendant son voyage l’équivalent de 14000 km dans une grosse voiture. https://jancovici.com/transition-energetique/transports/faut-il-souhaiter-la-croissance-du-trafic-aerien/

(5) La vertu écologique globale, c’est un peu le « bout du tunnel » que voyait Raymond Barre en 1980, un point blanc au loin, qui ne cesse de s’éloigner. À la même époque, le Commandant Cousteau voyait l’avenir avec plus d’acuité lorsqu’il déclarait que « l’Humanité réussirait peut-être, à enfourcher une bicyclette ». Nous y sommes.

(6) Les millions d’euros consacrés à la réintroduction des loups et des ours, et à l’implantation d’émetteurs sur la nageoire dorsale des saumons pour mieux pouvoir les suivre en hélicoptère, ne sont-elles pas des offrandes rédemptrices ? En somme-nous là, à offrir des brebis en sacrifice aux loups et aux ours, ou des heures d’hélicoptère, pour espérer acheter notre salut ? Est-ce que cela ne rappelle pas les indulgences, combattues en son temps par Martin Luther ?

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Apple et Samsung : lorsque la concurrence fait travailler des enfants.

Vincent Rey le 12 01 2018

On se souvient qu’Apple avait été accusé de faire travailler des enfants dans ses usines, il y a quelques années. Aujourd’hui c’est Samsung, qui est accusé de la même chose dans ses usines de Chine.

N’est ce pas là le parfait exemple de la nocivité  sociale et environnementale de la concurrence ? Apple et Samsung vendent tous deux des smartphones haut de gamme, ils sont en concurrence sur ce même marché, et cherchent donc à maximiser leurs profits.

On comprend que pour l’un comme pour l’autre, la main d’oeuvre adolescente dans des pays à bas salaires est la plus apte à apprendre les bons gestes, la plus docile aussi, et sans doute la moins chère.

Celui des deux qui ne le ferait pas diminuerait ses bénéfices, et risquerait de perdre des parts de marché. La même chose pour toutes les entreprises, pour tous les travailleurs, pour la pollution des rivières, de la mer, des terres, et de l’atmosphère…

Une constitution économique pourrait interdire le travail des enfants. Et alors tout le monde serait plus heureux : les enfants iraient à l’école, au lieu de fabriquer des téléphones. Des adultes les feraient à leur place, et Apple et Samsung resteraient à égalité sur leur marché. Le non respect des dispositions de  la constitution économique leur fermerait le marché national.

Compliqué ? Impossible ? En contradiction avec les traités européens ?

Si l’on prétend que de telles dispositions sont impossibles à prendre, cela révèle en fait notre résignation à l’immobilisme, et à tous les excès présents et futurs du capitalisme.

 

 

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Tel un dinosaure, hypnotisé par sa propre météorite…

Vincent Rey, le 08 01 2018

Quelle est la part humaine, et quelle est la part des cycles du soleil dans le réchauffement de l’atmosphère(1) ? on ne le sait toujours pas. Ce point, qui divise toujours les « carbone-croyants » du GIEC et les « carbone-sceptiques » n’a finalement que peu d’importance, à l’heure ou 15300 savants du monde entier  tentent d’avertir l’Homme, qu’il est sur une « trajectoire de collision » avec son environnement (2). Le réchauffement et l’acidification des océans sont là, et personne n’en conteste la rapidité, mortelle pour de nombreuses espèces.

Le réchauffement climatique n’est qu’un seul des problèmes auquel l’Homme doit faire face. Il y a aussi l’épuisement des ressources, le gaspillage et la production de déchets, tandis que l’absence de volonté collective pour changer de modèle économique, et la généralisation de ce modèle à la surface du globe, ne peuvent qu’accentuer ces tendances dans la durée. Des problèmes  sociaux très graves progressent aussi : chômage de masse, aggravation des inégalités, détérioration des conditions de travail, économies sous-terraines. Notre impuissance à les résoudre produit de la peur, du repli identitaire, du repli religieux, lorsque ce n’est pas la guerre, jetant des milliers de familles sur les routes, pour fuir un conflit ou l’indigence économique.

L’inquiétude grandit, et chaque homme à qui la vie laisse un peu de temps pour réfléchir, pense à ses enfants, et tente d’apercevoir le futur. On se met à l’écoute des intellectuels, et des savants, qui confrontent leurs vues(3). Le plus souvent, ces analyses laissent de côté les aspects économiques. Ou bien c’est encore pire : ils semblent se résigner aux conséquences destructrices de notre modèle de développement, avec le même immobilisme qu’un dinosaure observant sans comprendre dans le ciel, l’arrivée de la météorite qui va l’anéantir.

A quoi peut bien nous servir alors notre intelligence, si nous n’agissons pas plus pour notre survie, que ces gros lézards à cervelle d’oiseau qui nous ont précédés sur Terre ?

D’un stupéfiant pessimisme, Stephen Hawking estime que la terre en 2600 sera une « grosse boule de feu »(4). Les humains devront quitter le système solaire pour Proxima du Centaure, à 4 années lumière de la Terre. On est sidéré. Celui que l’on présente comme l’un des plus grands esprits de notre temps semble avoir renoncé à tout espoir de sauver l’Humanité, autrement que par ce départ précipité vers un autre système solaire. Il vous incite dès aujourd’hui, à financer son projet « breakthrough » (passer au travers). Amis terriens : ne tentez plus rien pour sauver la Terre : réservez dès maintenant à votre descendance un ticket pour Proxima du Centaure, car il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde…

Le biologiste Joël de Rosnay refuse l’éventualité du collapse, que prônent, pense-t-il, des gens en quête de sensationnel. Il imagine un monde libéré de la question de l’énergie, avec une centrale solaire géante installée dans le Sahara, fournissant une énergie dé-carbonée au monde entier. Parallèlement, l’Homme s’est « augmenté », et en 2517, il profite de nouvelles possibilités de communication avec les plantes et les animaux. Un joli rêve de biologiste , que l’on peut ranger dans la catégorie des visions idylliques que nous avions de l’an 2000 : opulence, et oisiveté pour tout le monde, instruction, altruisme et générosité généralisée. L’an 2000 nous a déçu, est-il raisonnable de croire au paradis de 2517 ? : comment l’Homme pourrait-il devenir généreux, dans un contexte économique qui ne cesse de promouvoir la rivalité et le profit individuel, au dépens de presque tout le reste ?

L’économiste Jacques Attali (3) voit l’Homme du 26ème siècle en dehors de son enveloppe corporelle, et sa conscience libérée du corps n’est plus un attribut de la personne. Elle est devenue LA conscience humaine, une entité collective. L’Homme devient alors une sorte de figure divine, omniprésent, omniscient, unique et indivisible, détaché des plaisirs et des souffrance de la chair. Mais avant d’en arriver à ce stade désincarné, il devra, nous dit-il, passer par une « phase totalitaire » pour régler les soucis environnementaux ! L’ex-conseiller spécial de François Mitterrand n’aspire pas à l’arrivée au pouvoir de « Kmers Verts », certainement non, mais il invite à s’y résigner, comme s’il estimait que des forces incommensurables maintiennent l’activité humaine sur sa funeste trajectoire. Est-ce une sorte d’appel à une réaction politique, pour stopper la météorite environnementale, ou un terrible aveu d’impuissance ?

D’un pessimisme total, le professeur Guy McPherson a abandonné sa chaire de biologie à l’université d’Arizona (5), où il a enseigné pendant 20 ans. Pour lui, la fin de l’Homme est proche, il ne lui reste plus que quelques mois. Il décrit la civilisation comme un moteur thermique, dont il fait remonter l’existence au néolithique, dès que l’Homme s’est organisé pour l’élevage, et pour stocker le grain. Ses observations l’ont conduit à cesser toute activité, autre que celle d’avertir le monde de l’imminence de notre extinction.  Les espèces qui n’ont pas le temps de s’adapter au changement climatique meurent, et  l’Humanité à son tour s’éteindra à très court terme, lorsqu’elle ne pourra plus se nourrir. Une prévision qui ressemble fort à celle du film de science fiction « soleil vert » (12), dans lequel les hommes vieux sont incités à avancer leur décès, pour servir de nourriture aux plus jeunes, sous forme de tablettes de protéines. Pour McPherson, L’accélération de la température sur Terre est la conséquence inéluctable de la civilisation. Même un retour immédiat à un mode de vie écologiquement neutre, tel que, par exemple,  celui des indiens d’amérique, ne pourrait pas nous sauver, car l’abandon brutal de l’industrie priverait tout à coup l’atmosphère du rôle refroidissant des aérosols. On assisterait alors à une accélération soudaine de la température de l’atmosphère(6). L’ex professeur d’université ne voit aucune porte de sortie, pas même dans les solutions de géo-engineering (13), et il dénonce le silence dans lequel est en train de s’opérer la sixième extinction de masse, aussi bien dans les médias « mainstream », trop occupés à faire de l’argent et à vendre des illusions, que chez les scientifiques « mainstream », trop attachés au prestige de leur poste pour annoncer cette très mauvaise nouvelle.

Ne nous reste-t-il plus alors, qu’à faire le pari risqué que la totalité du réchauffement climatique est imputable aux cycles du soleil, pour espérer survivre à la « grosse boule de feu » évoquée par Hawking, ou à la sixième extinction de masse prédite par McPherson ?

Depuis quelques années, le monde de la technologie semble se mobiliser. Tous les jours, des start-ups « environnementales » font de nouvelles propositions, visant à diminuer l’impact humain sur l’environnement.  Les citoyens aussi se mobilisent, en prenant des initiatives, les jardins potagers se multiplient, et les appels à être vertueux pour la planète également. Malheureusement, cette volonté de chercher et d’inventer n’existe pas en Science économique, comme si le champ de cette discipline se considérait désormais en dehors de l’Histoire des hommes.

La résurgence actuelle des nationalismes, des régionalismes, et même les premières atteintes graves à la démocratie en Europe(8), devraient pourtant inviter les tenants de cette science à l’introspection. N’est-il pas contradictoire, pour les économistes, de reconnaître le rôle économique du traité de Versailles dans l’ascension du nazisme dans les années 30, et de ne pas voir aujourd’hui le rôle historique que peuvent jouer le chômage de masse et l’accroissement des inégalités ? Cette science, si c’en est vraiment une, ne devrait-elle pas foisonner de propositions pour enrayer ces phénomènes ? Mais non. En dehors de quelques analyses sonnant l’alerte, comme celles de l’américain Noam Chomsky, ou du belge Paul Jorion,  les dogmes de la libre-concurrence, de le croissance et de la productivité, demeurent inattaquables, quelles que soient leur conséquences néfastes, sociales et environnementales, et des médias sous contrôle(9) continuent de les promouvoir avec beaucoup de complaisance.

Inévitablement, le citoyen sous l’influence de cette propagande, se persuade que le monde dans lequel il vit, est le meilleur possible (10), et qu’il ne peut rien y changer.

Chaque jour qui passe rend pourtant plus urgente la nécessité de se détacher de cette idée, si l’on veut éviter à la fois des dégâts irréversibles à l’environnement, et cette « phase totalitaire » évoquée par Jacques Attali, dont on observe déjà les prémisses : nationalismes, oppositions à la science et à la technologie, prosélytisme alimentaire, refus des vaccins, débuts d’appels à l’insurrection par des « minorités agissantes ».

Tant que cette remise en question économique n’est pas faite, on en restera à la perspective sévère, si magnifiquement exprimée en quelques mots par l’anthropologiste et économiste Paul Jorion (11), pour exprimer ce cercle vicieux, dans lequel nous entraîne la concurrence : « LE DERNIER QUI S’EN VA, ETEINT LA LUMIERE ».

(1) Les arguments de Vincent Courtillot, critiquant les analyses du GIEC :

(2) en 1992 déjà, 1700 chercheurs, dont une centaine de prix Nobel, avaient lancé l’avertissement d’une collision de l’Homme avec son environnement. Avertissement réitéré en 2017 par plus de 15 000 scientifiques de 184 pays dans la revue BioScience

(3) Jacques Attali, Joël de Rosnay, et Paul Jorion, imaginent l’Homme et la Terre en 2517

(4) Selon Hawking, « La Terre sera une grosse boule de feu d’ici 2600 »

(5) Le professeur Guy McPherson assure que la sixième extinction sera irréversible dans quelques mois

(6) Une hypothèse que met en doute Vincent Courtillot, le réchauffement imputable au carbone suivrait peut-être une asymptote.

(7) Souvent peu populaires, comme la voiture à air comprimé de Guy Nègre, qui est zéro pollution, mais qui a des roues toute petites. Rien à voir avec l’audi Q7 :

(8) Atteintes à la séparation des pouvoirs en Pologne . Reporter sans frontières alerte contre les atteintes à la liberté de la presse dans le monde

(9) Contrôle financier des médias : selon le canard enchaîné, Bernard Arnault mécontent des révélations des Paradise Papers, priverait «Le Monde» de 600.000 euros de publicité (à lire sur 20 minutes.fr) . Pourquoi le ferait-il s’il considérait que l’effet est nul ?

(10) Vous doutez de l’influence exercée par les firmes sur l’opinion ? regardez « Cholestérol le grand bluff », documentaire de Anne Georget. Résumé par Sonia de Villers

(11) Le dernier qui s’en va étient la lumière. Editions Fayard

(12) La mort douce avant d’être changé en tablette de protéines. Soleil Vert, R Fleicher, 1973.

 

 

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