Emmanuel Macron n’a pas de pouvoir, même s’il le fait croire

La dette n’est pas de 41 milliards, ce sont les intérêts annuels de la dette. A côté de ça, les 5 milliards de l’ISF…

Disparition des emplois industriels jusqu’en 2006, le graph de T. Méot. Courbe noire, échelle de droite, de 2,5 millions à 4,7 millions, soit 2.2 millions d’emplois perdus en équivalent temps plein entre 1973 et 2006.

 

Un moment de vérité, France Inter, le 7 janvier 2019

Un moment de vérité a eu lieu hier, lors de l’émission « Le Téléphone Sonne » du 7 janvier 2019, animée par Fabienne Sintes sur France Inter.
Le sujet de l’émission était « Les nouvelles sanctions sont-elles efficaces pour lutter contre le chômage ? ».

Tout à coup à 13:34 mn, moment de vérité : Philippe, conseiller pôle emploi appelle l’émission, et déballe calmement la réalité de la précarité. Il cite quelques chiffres :

– embauches en CDD = 87% des embauches en 2017
– 30% des embauches de 2017, c’est pour une seule journée
– Taux de rotation = comparaison des entrées et sorties de l’emploi sur un an : en 1993 29% de sorties, en 2017 96% de sorties

(Et tout ça alors qu’il y avait une croissance de 2.2% en 2017 !)

Le député Sylvain Maillard venu défendre sa réforme morigène alors le conseiller Pôle emploi « (..) si vous avez le moral dans les chaussettes comme vous venez de dire, je ne vois pas comment vous allez pleinement pouvoir aider les personnes en face de vous (..) » (en Union soviétique aussi, on disait aux gens qu’il fallait y croire)

On voit bien l’idéologie qui sous-tend cette remarque de Maillard, et qui se résume à ces quelques mots : « chômeurs et précaires, faut vous sortir les doigts.. ».

Le député n’en est pas à sa première ânerie. Après avoir été sévèrement critiqué en février 2018, pour avoir affirmé que « l’immense majorité » des sans-abris dorment dans la rue « par choix » (500 morts dans la rue recensés chaque année), il vient de répéter en janvier 2019 au Huffington Post que la majorité des SDF sont à la rue « par choix »! M Maillard a en outre soutenu la candidature au perchoir de M Ferrand, malgré toutes ses casseroles. (Décidément, quelle belle équipe que cette « République En Marche » !)

Une intelligence brillante, un véritable champion que les gilets jaunes pourront mettre en bout de table, s’ils organisent un jour un dîner de c…

Crédit : AFP PHOTO / CHARLY TRIBALLEAU

« Tout n’est pas noir comme nous venons de l’entendre », ajoute ensuite M Maillard. Puis il regrette après le dernier témoignage poignant d’un chômeur diplômé, « qu’il n’y a pas assez de CDI ». Mais ça tout le monde le savait, non ?

Cette tête de « champion » a raison…tout n’est pas noir, maintenant c’est jaune…!

1973-2018 : la France « en marche » vers la désintégration sociale…

Devant l’ampleur prise par le mouvement des « Gilets Jaunes », suite à l’augmentation du prix du pétrole en 2018, il peut être utile de se souvenir du choc pétrolier de 1973, et de se demander si notre société d’aujourd’hui aurait pu surmonter une telle secousse. En 1973, le prix du baril de pétrole avait été multiplié par 4 (1). Par comparaison, en 2018, il n’a augmenté que de 38% dans sa plus forte amplitude (2).

Dans les années 70 les français circulaient déjà abondamment en voiture, et l’humoriste Jacques Tati critiquait l’abus de la consommation automobile et les embouteillages dans son film « TRAFIC » (1971).

Le Barbecue sur la grille d’aération de la 4L « camping » de Trafic
(Jacques Tati, 1971)

Le pays avait pourtant réagi avec solidarité pour absorber cette augmentation (3), en se ralliant autour de mots d’ordre tels que « faisons la chasse au gaspi ». Il n’y avait pas eu de grèves dans les usines, aucune manifestation sur la voie publique, et absolument aucune casse. Qu’est-ce qui a donc changé, avec les « Gilets Jaunes », pour qu’une augmentation de seulement 38% du prix du baril, déclenche une pareille colère ?…une colère si intense que la force publique peine à la contenir, malgré les moyens extraordinaires mis en oeuvre (4). 

Le barbecue, façon « Gilets Jaunes » (Crédit photo : le Figaro)

Cette crise des « Gilets Jaunes » témoigne avant tout de l’atomisation du travail, dans la société française. En 1973, notre économie était encore bien charpentée. C’était une société de classe, mais chacun y trouvait à peu près sa place dans des entreprises publiques ou privées bien constituées. L’usine, la ferme, le bâtiment, le magasin, le lycée, ou l’hôpital, offraient des revenus stables à long terme…l’Etat avait son mot à dire sur les prix, notamment celui du pain et des loyers. Le nombre de chômeurs était alors faible, inférieur à 500 000.(5)

Cette économie bien charpentée s’est ensuite lentement fragilisée. Dès les années 1980, l’informatique a commencé à faire disparaître des emplois de secrétaires, puis des emplois industriels (6) et miniers ont disparus, portant rapidement le chômage à 2 millions. Les délocalisations ont amplifié la tendance dans les années 90, le marché laissant aux États, le soin de combler les vides laissés par la suppression de ces revenus.

Disparition des emplois industriels, Insee, T. Méot (2006)
2+ millions d’emplois supprimés dans l’industrie manufacturière dès 2006 ! (courbe noire, échelle de droite)

Fatalement, la dette de l’Etat a commencé à augmenter. Elle n’a cessé de croître depuis (7) . Difficile donc, de ne pas voir de corrélation entre la disparition des emplois et la dette de l’État. Les emplois ont commencé à disparaître massivement à partir de 1978, et la dette a augmenté régulièrement depuis la même année.

Croissance de la dette, de 1978 à 2014 (Le Figaro)

L’impuissance (de  l’État ou du citoyen ?) devant la disparition des emplois a persisté dans les années 2000, en France comme dans d’autres pays industriels, aux USA, en Angleterre, en Allemagne, en Italie… Enfin dans les années 2010, alors que suite à la crise de 2008 le nombre des demandeurs d’emplois franchissait en France la barre des 3 millions, des hommes politiques peu scrupuleux ont commencé à prétendre que les chômeurs étaient « des profiteurs », ou qu’ils manquaient d’initiative. Nous en étions encore à cette erreur d’analyse au moment de l’élection d’Emmanuel Macron, en 2017.

Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron à l’Élysée, le 15 septembre 2017
Crédit : ludovic MARIN / AFP

Aujourd’hui, le monde du travail n’a plus grand chose en commun avec celui de 1973. Pour beaucoup, c’est devenu le monde de la précarité. En 2016, 3 millions de demandeurs d’emploi étaient enregistrés , soit 10% de la population active.

Le chômage par tranche d’âge, de 1975 à 2017
en pourcentage de la population active

Et pourtant, ce chiffre de 10% ne décrit pas correctement la réalité, car outre le fait qu’il n’inclut que les chômeurs sans aucune activité, la population active considérée est amputée par l’Insee de 11.6 millions de personnes en âge de travailler (somme des nombres soulignés en bleu ci-dessous (8))

Ces 3 millions de demandeurs d’emploi, ne sont donc que la partie émergée de l’Iceberg…car il n’y a pas que des étudiants, des personnes handicapées, ou des pré-retraités dans ces 11,6 millions. Il s’y trouve aussi, de toute évidence, un grand nombre de gens ayant renoncé à chercher un emploi, ou travaillant en dehors du cadre légal, sans contribuer aux recettes de l’Etat ni verser de cotisations sociales. Une désocialisation en marche, dont on n’a pas voulu voir la progression pendant 40 ans.

Faut-il détailler les dégâts individuels et collectifs issus de la disparition des revenus du travail dans notre pays et ailleurs ? : délinquance, solitude, économie parallèle, harcèlement, travail au noir, vols, maladies, divorces, ségrégation, trafics, toxicomanie, prostitution, obésité, maltraitance, dépression, destructions, vandalisme, « burn out »… la difficulté de se procurer des revenus par le travail (ou la terreur de le perdre quand on en a un) apporte sa contribution à chacun de ces problèmes.

Ni cette perversion sociale, ni ce « cul-de-sac économique »  (la dette des Etats ne pourra pas éternellement augmenter) ne sont le problème des investisseurs, que seuls la spéculation et la recherche de la productivité intéresse. La vague d’informatisation continue donc sa progression au détriment des travailleurs qui restent en poste, et au profit quasiment exclusif des détenteurs de capitaux, ce qui n’a rien d’étonnant, puisque ce sont ces mêmes capitaux, qui finançaient jadis les usines. De nouvelles destructions d’emplois aussi massives que dans l’industrie, sont maintenant attendues à court et moyen terme dans les transports, dans la banque, et dans la grande distribution (9).

Comment l’Etat français pourra-t-il continuer à y faire face ? Il est d’ores et déjà acculé financièrement par la décomposition sociale…

A cette question, la réponse des différents gouvernements est toujours la même : la recherche de la croissance. L’espoir de retrouver, grâce à une augmentation du PIB, une dynamique permettant à la fois de réduire le chômage, et des recettes supplémentaires pour réduire la dette, semblait jusqu’à l’an dernier réunir une sorte de consentement dans la population. L’année 2017 a mis fin à cette espérance, et c’est certainement là une des raisons de l’explosion de colère des « Gilets Jaunes ». Malgré 2.2% de croissance, et des investissements record (mais bien peu pour l’économie réelle), le nombre d’inscrits au chômage sans aucune activité n’a diminué que de 0,5% (8) (soit 0.05% de la population active telle qu’on la représente), autant dire rien, alors que la dette de l’État, les impôts et taxes, et même les émissions de co², ont continué d’augmenter…

Les contribuables français ont pourtant consenti à faire un effort considérable. Le CICE de François Hollande (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi), puis le remplacement de l’Impot Sur la Fortune (ISF) par un Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) par E. Macron représentent un effort de 24 milliards d’euros par an, que l’on prévoyait d’étendre encore de 20 milliards avec le volet social du CICE. Cette coûteuse « politique de l’offre » n’a pas porté ses fruits, les Français n’ont obtenu, si l’on peut dire, aucun « retour sur investissement ». Si la croissance a bien été au rendez-vous en 2017, elle n’a créé qu’un nombre infime d’emplois nets (= créations – destructions). Tout semble montrer que le surplus de profits s’est au contraire reporté sur la rémunération des actionnaires, la France devenant même en 2018 championne du monde de la distribution de dividendes (11).

L’Etat, et en particulier deux de ses plus hauts représentants, F. Hollande puis E. Macron (et aussi bien d’autres avant eux) se sont trompés. Cependant, accuser l’Etat et ses institutions, est une nouvelle erreur d’analyse. L’Etat lui-même, est fragilisé par le capitalisme : sa dette est devenue si importante, que six années de recettes sans aucune dépenses pour l’école, l’armée, les hôpitaux etc, ne suffiraient pas à la combler ! Les « Gilets Jaunes » dénoncent (parfois à juste titre) le train de vie de l’Etat, certains entendent même mettre fin à toutes les taxes et impôts, et tout particulièrement lorsque ceux-ci visent la protection de l’Environnement, des enjeux qu’ils jugent secondaires, quand ils les comparent à leurs fins de mois difficiles…

La vérité est difficile à avouer, pour tout homme politique, qui entend cultiver une image d’efficacité et de puissance pour être élu. Elle est que l’État français est de plus en plus affaibli, à mesure que sa dette augmente et que l’activité se raréfie. Boucler le budget annuel de l’Etat devient difficile. Aux dépenses publiques relativement incompressibles de son administration (école, université, armée, hôpitaux, diplomatie, équipement, police…), s’ajoutent maintenant chaque année la charge énorme de la dette (41 milliards d’€ en 2018), les dépenses visant à atténuer les effets de la dégradation sociale, ainsi que de multiples subventions, allègements de charges ou suppressions d’impôts destinées à « doper » l’activité sur le territoire (21 milliards d’€ en 2018, chiffre à vérifier (10)).

Le budget de la France en 2018 (franceinfotv)
(en milliards d’euros)

Cette crise des « Gilets Jaunes » est donc à la fois un « bras de fer », et un énorme malentendu.

C’est un « bras de fer » entre l’État français, dont la dette totale correspond à présent à environ une année de la richesse crée dans le pays (= PIB (7)), et des citoyens « de base » aveuglés par la colère, qui ne comprennent pas le problème tel qu’il se pose, ni l’impuissance de l’État face au capitalisme, qui refusent cette précarité sans espoir, qu’on leur demande d’accepter comme une fatalité, ou tout nouvel effort à leur dépens concernant une quelconque participation écologique. Difficile de leur donner tort sur ce point, puisque le problème à la source de tous les autres, c’est la disparition des revenus du travail depuis 40 ans.

Mais c’est aussi un malentendu, car l’État, en l’occurrence, n’est pas directement responsable. Les disparitions de revenus, les dégâts écologiques, et les dettes colossales des Etats, ont tous trois, et dans tous les pays cités, la même origine : notre soumission forcée au « moins disant social et environnemental », qu’impose la rareté de l’activité, dans un contexte de concurrence entre Etats. Et ceci, les chômeurs et les précaires ne peuvent pas le comprendre : comment admettre que les caisses de l’État français sont vides, alors qu’en 2018, il s’est crée 10,6 fois plus de richesse qu’en 1973 (5) ? Il ne faut pas chercher ailleurs, la certitude qu’ont les « Gilets Jaunes », que tous les représentants de l’Etat français « se goinfrent », ou se livrent à d’immenses gaspillages.

Ils se trompent. L’argent n’est pas capté par l’Etat, mais par les détenteurs de capitaux. Même si des hommes politiques tels que DSK ou François Fillon ont pu ternir l’image de l’Etat ces dernières années, en entretenant une proximité malsaine avec les milieux de l’assurance ou de la finance, ce n’est pas l’Etat qui s’enrichit, puisqu’au contraire, il s’endette de plus en plus. Il est temps maintenant, d’accuser le véritable coupable : ce capitalisme dévoyé, qui profite scandaleusement des progrès technologiques en cours, pour mettre les peuples et leurs représentations démocratiques en concurrence. Or ce capitalisme, on le sait, se moque de la démocratie. Il a déjà cohabité par le passé avec les pires régimes.

Alors que se passerait-il si jamais un choc pétrolier comparable à celui de 1973 venait à se produire ? Il y a tout lieu de croire que nous serions incapable de l’absorber. La défiance pour le pouvoir politique, ainsi que les menaces et les insultes au personnel politique proférées dans la rue, doivent convaincre tous les hommes politiques de ce pays, de donner enfin les vraies raisons de notre impuissance. L’incompréhension doit cesser à tout prix.

Nous sommes à un carrefour de notre Histoire. On ne peut plus ignorer que la paix sociale n’habite plus notre pays. En 2005 le soulèvement des banlieues en était déjà un premier signe, et nous n’avons pas changé de cap. La violence de la révolte des « Gilets Jaunes » est un deuxième avertissement que nous devons prendre très au sérieux. Et il y a urgence, car ce que nous risquons, dans les années qui viennent, n’est pas un choc pétrolier, mais une pénurie de pétrole (12), dont on sait qu’elle pourrait multiplier le prix du baril par 10  (13). De telles augmentations, venant s’ajouter aux nouvelles destructions d’emplois attendues par centaines de milliers, sonneraient le glas de notre cohésion sociale, déjà bien entamée.

Il n’y a donc rien de plus URGENT, que de se donner un coup d’avance pour se défaire de cette menace, en cessant immédiatement les fausses analyses, et en prenant dès aujourd’hui des dispositions pour :

1 : rendre publiques au plus vite, les raisons de l’impuissance politique face à la disparition des emplois.

2 : rediriger les aides de l’Etat vers les plus démunis, au lieu de tenter comme par le passé de subventionner l’activité.

3 : se  libérer totalement et rapidement des énergies carbonées que nous importons.

Il y va de la survie de notre démocratie.

Vincent Rey
findutravail.net

(1) Entre le mois d’octobre 1973 et le mois de janvier 1974, le prix du baril du brut de référence qu’est l’« Arabe léger », est quadruplé, passant de 2,32 $ à 9 $. (wikipedia)

(2) de 62$ à 86$ entre février et octobre 2018, soit 38% d’augmentation.

(3) Le choc pétrolier de 1973 n’a pas altéré la richesse produite dans le pays. Il est indétectable sur la courbe du PIB par tête (source OCDE data).

 

(4) 86000 policiers et CRS déployés sur le territoire, équipés de blindés pouvant projeter du liquide incapacitant (selon le nouvel obs et mediapart).

(5) PIB de 1973 : 260 milliards de $. PIB de 2016 : 2765 milliards $. (10.6 fois plus) (https://data.oecd.org/fr/gdp/produit-interieur-brut-pib.htm)

Beaucoup de gens n’étaient pas riches en 1973, mais on se dit que si le revenu du pays (le PIB) avait été 3 fois supérieur à ce qu’il était en 1973, il n’y aurait vraiment plus rien eu à réclamer…le PIB par tête est aujourd’hui de 10  fois ce montant , et nous sommes à la limite de l’explosion sociale…(?)

(6) Disparition des emplois industriels à partir de 1979. Graphique de T Méot, extrait de son rapport sur l’automobile pour l’INSEE (2006).

 

(7) la dette française selon l’INSEE, s’est établie à 2218,4 milliards d’euros fin 2017, soit 97% de la richesse annuelle créee dans le pays (PIB). Par comparaison, les recettes fiscales nettes de l’Etat en 2017 représentaient 295 milliards, soit 13%.

(8) Taux de chômage par âge au sens de l’Insee de 1975 jusqu’au deuxième trimestre 2018. (wikipedia, en poucentage de la population active) :Mais, toujours selon l’Insee, la population active française totalisait 29.6 millions de personnes, dont 10% de chômeurs. Mais 11,6 millions de français de 15 à 64 ans sont enregistrés comme inactifs, et n’entrent donc pas dans le décompte de la population active. Parmi ceux-ci, il y a des gens en âge de travailler, mais qui ne se sont pas enregistrés comme demandeurs d’emploi. La part des demandeurs d’emploi dans la population active amputée de ces 11.6 millions, n’est donc que la partie émergée de l’Iceberg.

Pour estimer la part réelle du déficit d’emploi dans notre pays, il faudrait donc majorer la population active de 11,6 millions, ce qui donnerait un total de 41.2 millions, puis calculer la part de ces 11.6 millions, majorée des 3 millions de demandeurs d’emplois (11.6 + 3 = 14.6)  dans ces 41.2 millions. On obtient alors un taux de chômage de 35%, dont il faut déduire il est vrai, un bon pourcentage, correspondant aux étudiants, au pré-retraités, aux personnes handicapées, et aux travailleurs « au noir ».

Source : ce tableau Insee

Chômage en 2017, malgré 2.2% de croissance : 3 451 400 personnes sont sans aucune activité (catégorie A) en décembre 2017. Ce nombre est en légère baisse par rapport à fn 2016 de 0,5 %, soit 17257 personnes. (source : https://evolem-citoyen.com/chiffres-du-chomage/chiffres-du-chomage-bilan-2017/)

(9) Une étude d’Oxford University estime que 47% des emplois américains sont « à risque », et il n’y a aucune raison de penser que ce serait différent en France…

10) Les aides de l’Etat, en proportion du PIB , (voire mon article sur le sujet) atteignent en 2018 un niveau très élevé, ce qui entretient la dette. Ce serait une bonne chose de les estimer précisément. Après 40 ans de chômage de masse, la charge de la dette (c’est à dire les intérêts) est également devenue très lourde : environ 1 euro sur 50 gagné dans le pays chaque année lui est consacré (40 milliards d’intérêts sur 2000 milliards de PIB).

(11) Versement de dividendes, la France enregistre un nouveau record (article de La Tribune)

(12) « Peak Oil » ou « pic pétrolier » : situations de pénurie, dans laquelle il n’y a plus assez de pétrole pour satisfaire la demande. Le prix du marché serait alors fixé par la demande, et non plus par l’offre, comme dans la situation actuelle (OPEP). Les prix pourraient alors s’envoler, à une hauteur inconnue, selon le degré de pénurie.

(13)  En 2010, T. Desmarets, Président de la firme Total, a dit ceci : « The problem of peak oil remains (…) it would be very difficult to raise oil production worldwide above 95 million barrels a day, which is 10% more than today’s level. The problem is not one of insufficient reserves, but that a lot of it is difficult to be produced. » (traduction : le problème du peak oil demeure (…) il serait très difficile pour la production mondiale de dépasser 95 millions de barils par jour, soit 10% de plus qu’aujourd’hui. Le problème n’est pas que les réserves sont insuffisantes, mais qu’une grande part est difficile à produire ».

On peut aussi lire, sur le site de l’ASPO : « Mr Desmarest told the AFP news agency that world oil production could peak in about 10 years. » (traduction : M Desmarest a dit à l’AFP (agence France Presse) que le Peak Oil mondial pourrait avoir lieu dans environ 10 ans. (donc en 2020, puisque ces propos ont été tenus en 2010)

Chérif Chekatt, marché de Noël de Strasbourg, 12 décembre 2018. 3 morts, 8 blessés graves, et la comédie médiatique qui s’en nourrit…

Une nouvelle fois, le terrorisme frappe, Chérif Chekatt armé d’un poignard et d’une arme de poing, abat et frappe des personnes au hasard, sur le marché de noël, aux alentours de la place Kléber.

3 morts, une quinzaine de blessés, dont 7 ou 8 graves.

Aussitôt les chaînes d’information en continu embrayent dans une analyse froide, presque routinière. Les journalistes se succèdent, parlent d’un loup solitaire isolé, blessé, que l’on traque.

BFM liste ses forfaits, le désigne comme « l’individu ». Ce n’est plus un homme, c’est une sorte d’animal sauvage. Il est né mauvais comme un mauvais chien, condamné à 27 reprises dès l’age de 10 ans, alors qu’il n’a que 29 ans.

Pour faire contrepoids à cette analyse que l’on peut à juste titre qualifier de « satanique », une personne qui connaît l’une des victimes s’exprime  plus intelligemment, au journal de 13h ce 13 décembre (France Inter)

« On parle de Guerre contre la terreur, mais l’assassin habitait à Strasbourg (…) on est amené à s’interroger, sur ce qui n’a pas fonctionné (…) au delà des questions de sécurité, il faut qu’on se pose la question, qu’est ce qui produit ça ? »

Il y a en effet de nombreuses questions à se poser, sur la récidive, sur la prison, et sur l’origine de la folie de Chérif Chekatt, que « l’appât du gain » a rendu fou, selon la police.

D’où lui venait cette folie, il ne l’a pas reçue en naissant ? Quel est le rôle de la société dans cette folie ?

Mercredi, la police venait l’arrêter. Il se savait en fin de course, recherché pour une agression physique au couteau, qui lui vaudrait à coup sûr une dizaine d’année de prison. Une porte de sortie s’est ouverte devant ses yeux :  l’assassinat islamique, seule capable de restaurer son image dégradée devant Dieu.

Dans les années 30, un gamin des quartiers misérables de Tellico (Texas), nommé Clyde Barrow faisait un peu le même trajet, passant du vol de voiture au braquage de banque, refusant catégoriquement l’idée de retourner en prison, où il avait été violé.

La gratuité sur l’essentiel, que propose Paul Jorion, cette sécurité d’existence offerte à tous pour tout ce qui est vital, ainsi qu’une atténuation de la pression publicitaire, aurait peut-être protégé Chérif Chekatt (ainsi que toutes ses victimes) de sa folie.

Vincent Rey
findutravail.net

Les « Gilets Jaunes » prennent conscience de l’apartheid économique

Hier-soir 10 décembre 2018, l’intervention du Président Macron ne donne aucune perspective. Les français attendaient une vision libératrice du futur, ils n’ont eu qu’un « petit papa noël », distribuant de « petits cadeaux ».

Partout dans le monde, la classe moyenne souffre. Le monde n’a jamais été aussi riche, mais la richesse est captée par une minorité de détenteurs de capitaux, au dépens du travail et des salaires. En 2017, 1% de la population mondiale a capté 82% de la richesse créée.

Les « Gilets Jaunes » sont l’appel de détresse que lançait la classe moyenne française, attaquée non pas par le Président Macron comme elle le croit, mais par un ultra-libéralisme international affranchi de toute morale, utilisant l’emploi comme un moyen de chantage contre les Etats. Un capitalisme qui était en train de couler en 2008, et que les citoyens ont pourtant renfloué à leur frais en 2008.

Puisqu’ils ne doivent en attendre aucune reconnaissance, que les « Gilets Jaunes » deviennent alors un signe de ralliement mondial, contre cette « religion féroce » et l’Apartheid économique.

V Rey
findutravail.net

Crise des Gilets Jaunes : mettre fin à l’erreur d’analyse et agir.

Aujourd’hui 8 décembre 2018, c’est « Rio Bravo » sur les champs Elysées. Dans le film de Gérard Jugnot « Une époque formidable » (1991), un patron de bistrot courrait après un SDF en criant « salaud de pauvre ! », pendant que l’autre s’enfuyait sans payer son café…en criant « te fatique pas…je suis raide ! ».

17 ans plus tard, malgré divers gouvernements de droite comme de gauche, rien n’a changé, tout à empiré : plus de chômage plus de précarité, rendant impossible toute transition écologique sereine.

Alors où peut bien se situer l’erreur d’analyse ?

Chômage de masse croît à partir de 1980 => subventions publiques ou réductions de charges => plus de dépense publique avec les mêmes charges (déficit) + délocalisations des entreprise (1990) => concentration de la fiscalité sur les particuliers, pour préserver les entreprises => de plus en plus de gens sous le seuil de pauvreté => crise financière de 2008 + soutien public massif des états aux banques => fiscalité accentuée sur les classes moyennes => accroissement du chômage et de la précarité des classes moyennes inférieures + prise de conscience écologique => éclatement de l’échiquier politique => fiscalité additionnelle environnementale ( inégalités Paris / provinces) => arrogance présidentielle, et leçons de morale écologique aux chômeurs et précaires => crise des Gilets Jaunes.

Autrement dit et en résumé : un processus en cours nous dirigeant inéluctablement vers un accroissement général de la précarité et vers l’impuissance de l’Etat, dont la cause initiale est la disparition du travail, que vient aggraver le maintien de pratiques financières « hors sol ».

Ne restons pas impuissants. Agissons résolument et radicalement, avec le mouvement Place Publique.

Vincent Rey
Findutravail.net

La TVA, pour rendre l’activité humaine plus vertueuse ?

Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions des COP successives, les émissions de gaz à effet de serre progressent dangereusement. Que l’on croie ou non à la responsabilité de l’Homme dans le réchauffement climatique, il est facile de comprendre que nous ne pourrons pas indéfiniment altérer ainsi la composition de l’atmosphère.

Philippe Ciais, chercheur en climatologie dresse un rapide panorama de la situation en 2018 : Les émission de carbone croîtront encore de 2%. Toutes nos consommations d’énergie fossile sont en progression : pétrole, gaz, charbon, et dit-il, « on n’a toujours pas le pic des émissions en vue dans le monde, ni en Chine »(*). Le carbone émis par les avions en particulier, augmentera de 25%. Un tel constat fait voir à quel point les intérêts économiques prennent le pas sur tous les engagements internationaux, aussi souhaitables soient-ils.

Mais quelle fatalité y-a-t-il au gaspillage colossal d’énergie dans nos sociétés ?

Récemment, j’ai voulu changer le tapis « conducteur » de ma voiture, qui était très usé. J’avais besoin d’UN tapis seulement, mais je n’ai pu qu’acheter un lot de QUATRE tapis, comprenant les 2 tapis « avant » + 2 tapis « arrière ». J’ai donc jeté les 3 tapis de ma voiture qui étaient en bon état, pour installer les neufs à la place.

Gaspillage de ressources et d’énergie : trois parts sur quatre = 75%.

Si nous considérons qu’il y a une fatalité à cela, alors la transition énergétique restera un vœu pieux. Ni le remplacement de nos chaudières au fioul, ni la pose de panneaux solaires sur les toits, et tout ce que nous appelons pompeusement la « transition énergétique », ne seront en mesure de résoudre les problèmes environnementaux, si nous acceptons de gaspiller avec une telle légèreté jusqu’à 75% de nos ressources et de notre énergie. Un développement qui se satisfait de cela, usurpera toujours le qualificatif durable.

Il faudrait au contraire analyser chaque parcelle de l’activité humaine, et trouver un moyen d’inciter les producteurs à prendre un chemin vertueux. Mais comment faire ? Les contraindre ? les menacer ? Ces dernières années ont montré que les mesures coercitives sont mal acceptées, et donc contraire à la recherche d’efficacité.

Mieux vaudrait faire appel à un type de fiscalité modulable. Et en la matière, seule la TVA (1) peut remplir ce rôle, car il n’existe aucun autre dispositif qui épouse aussi complètement les imbrications de l’activité humaine, et ce dans toutes les combinaisons possibles des productions. Seule la TVA permettrait à la fois de taxer un produit ou un service abusif, entrant dans la composition d’une production, ou cette production elle-même si on la juge abusive, quand bien même chaque échelon de sa production serait vertueux.

Pour reprendre l’exemple de mes tapis de voiture, le producteur en ne les conditionnant que par 4, devrait être pénalisé par un taux de TVA supérieur. Cela grèverait ses bénéfices, et l’inciterait à adopter un comportement plus vertueux. Mais par contre, le producteur de fibres synthétiques entrant dans la composition de ces tapis n’est en rien responsable du conditionnement par 4. Et s’il est vertueux lui-même, ses bénéfices ne doivent pas être pénalisés par un surcroît de TVA.

De même, puisque l’on sait que les transports sont parmi les premiers contributeurs d’émissions de carbone, alors une entreprise comme Amazon pourrait se voir surtaxée au titre de la TVA. Le fabricant de chaussettes vendues sur Amazon lui ne le serait pas, car il ne peut pas être jugé responsable du transport de ses produits. La TVA perçue par l’Etat où s’effectue la vente, serait alors différenciée, suivant que l’on achète localement, ou à distance. Il s’ensuivrait que les prix des produits locaux auraient tendance à baisser, alors que ceux des produits transportés augmenteraient, tandis que pour les bénéfices, ce serait l’inverse.

On aurait peut-être là un système fiscal global, capable d’encourager les entreprises à la vertu écologique, et pourquoi pas aussi, à la vertu sociale. On pourrait peut-être introduire également de la progressivité sur les volumes : 100 000 fromages transportés par une firme depuis le Canada, pourraient se voir taxés à un taux supérieur que 10 fromages transportés sur quelques km par un petit producteur. Il y aurait peut-être là un bon moyen de rendre du bénéfice aux petits producteurs, de sorte à inverser la courbe des inégalités.

Une TVA incitative et différenciée, si elle était possible, serait peut-être le meilleur outil de l’écologie, meilleur en tout cas que les actions brutales tentées jusqu’à présent, telles que des éco-portiques, ou la surtaxation de l’essence. Car tout en gardant la souplesse de partenariat entre les différents producteurs, et leur liberté de création, les bénéfices des productions non vertueuses se verraient réduits. Ces dernières seraient aussi plus chères, une fois arrivées sur les rayons, et leur taux de TVA serait un indicateur très lisible de leur « qualité écologique et sociale » (un fort taux de TVA sur l’étiquette ne lui ferait pas une bonne publicité).

Reste un problème majeur : la concurrence, car il ne faudrait pas pouvoir aller acheter un bien « non vertueux » dans un pays étranger, où son taux de TVA serait plus faible. Il faudrait donc, mais c’est peut être à nouveau un vœu pieux, qu’une telle réforme fiscale s’applique en Europe, et non seulement en France. La TVA est aussi un impôt injuste, puisqu’elle touche indifféremment les personnes à faible et à fort revenu.

Ce n’est qu’une idée à creuser, et il faut réfléchir à ce qu’il faudrait faire pour qu’une telle mesure n’accroisse pas encore les inégalités (la gratuité sur l’essentiel par exemple). Mais existe-t-il une meilleure proposition, capable d’orienter la totalité de la production de biens et de services, avec la progressivité que l’on souhaite, sans paralyser l’initiative comme ce fut le cas dans l’ex-URSS, et ainsi tenter d’apporter une solution, aux problèmes environnementaux que la prolifération de notre espèce engendre ?

Vincent Rey
findutravail.net

(*) France Inter, le 7/9, le 6 décembre 2018.

(1) La TVA taxe la richesse produite par chaque intervenant successif dans une production. On parle de chaîne de valeur ajoutée car chaque intervenant pour régler sa TVA commence par déduire la TVA [A] qu’il a payé sur le TTC de ses achats de matières premières, et ajoute la TVA [B] qu’il doit facturer à son client sur la vente de sa production. La différence [B] moins [A] doit être réglée au Trésor Public, par chaque intervenant, puisqu’elle représente la taxe sur la richesse créée par cet unique intervenant.

Avec « place publique », imaginons ce que pourrait être LE CHANGEMENT

Que devons nous faire, avec Place Publique, ce nouveau mouvement populaire et réformateur ? Réformer la capitalisme, rien d’autre. Nous n’avons pas de problème institutionnel, ce qu’il nous faut c’est un programme vraiment différent.

La démocratie directe, ou un changement du mode de scrutin, ne changera rien aux forces économiques en présence, ni au pillage des ressources, ni à l’évasion fiscale ou à la dégradation de l’atmosphère. Un mode de scrutin qui amplifie les résultats du parti en tête n’est pas forcément mauvais. Il est au contraire, une garantie de stabilité, en obligeant des intérêts divergents à se rejoindre dans des programmes d’action.

Concernant le rôle de L’Etat, il a bien sûr un rôle central à jouer, mais il ne peut pas jouer celui d’inciter à l’activité économique en investissant de l’argent public. Il faut refuser cela, car dans un contexte de disparition du travail qui va en s’accélérant, on en arrivera en fin de course à payer autant de charges et d’impôts que nous avons de revenus.

Ne sommes-nous pas au début de ce processus ? Le « Peak Work » a été dépassé en Europe, depuis les années 1980 (*). Maintenant, l’offre de travail dépasse largement la demande. C’est une donnée qu’il faut désormais intégrer au capitalisme, s’il a toujours pour objectif de donner aux gens des moyens de subsistance sur cette Terre : un toit, de quoi se nourrir, de quoi s’éduquer et se soigner.

Il faut élire des députés, qui légiféreront sur la GRATUITE SUR L’ESSENTIEL, ainsi que sur la FIN DES PARIS SPECULATIFS DANS LA FINANCE. On doit aussi mettre sur pied une REFORME FISCALE capable d’impacter la totalité de l’activité humaine et d’orienter l’innovation (quel autre taxe que la TVA pourrait faire ça ?).

C’est tout cela que j’espère pouvoir proposer avec Place Publique….ce serait enfin une nouvelle proposition, qui n’opposerait pas le social à l’environnemental. Mais changer d’institutions ou de mode de scrutin ne serait qu’une perte de temps. Risquer de revenir à un régime instable de type 4ème république, ne ferait que nous pénaliser dans ces objectifs, avec le risque de les rendre tout à fait impossibles, par des renversements de majorité. De tels changements ne pourront se faire que dans des institutions assurant une certaine stabilité. Et ces institutions, nous les avons.

(*) ma démonstration sur ce point sur findutravail.net : article »La croissance crée l’Emploi ? » reprenant ce rapport de l’INSEE : « L’industrie automobile en France depuis 1950 » (Thierry Méot)

Vincent Rey,
place-publique.eu
findutravail.net

Gilets jaunes, ne vous trompez pas de cible (suite de la suite)

Les « Gilets Jaunes » font l’erreur de croire généralement que nous pourrions ressusciter l’ « Etat Providence ». Certes, quelquefois rien n’est possible, et le devient tout-à-coup sous la contrainte, surtout dans un pays comme la France, qui chérit la Révolution.

Mais si la précarité et l’indigence sont en effet insupportable, si on ne peut supporter de les voir s’aggraver année après année, il ne faut pas se tromper d’ennemi. L’ennemi des « Gilets Jaunes », et de tous les travailleurs précaires, ce n’est pas l’Etat, c’est le Capitalisme.

Comme l’analyse Paul Jorion, l’excédent de l’offre de travail sur la demande fera tomber les salaires à zéro, à plus ou moins long terme, tant que le travail humain sera une marchandise comme les autres. A moins que les Etats ne les soutiennent à bout de bras, et c’est ce qu’il fait en ce moment par diverses aides et subventions, qui finissent par peser énormément sur le budget, à services égaux (*). Claire Nouvian  de « Place Publique » a également raison de dire que l’activité continuera à se diriger  vers des Etats pratiquant le « moins disant social et environnemental », dans une société qui a érigé des règles de concurrence auxquelles elle refuse de toucher. Dans ces conditions, continuer de faire reposer les moyens de subsistance de chacun sur le travail, est terrible, et ne pourra pas se prolonger dans le futur.

Les états sont exsangues, et les 2000 milliards, ou 2500 je ne sais plus, qui ont été pris pour soutenir les banques après 2008 y sont certainement pour quelque chose. Mais il ne faut pas oublier que la tendance était là, bien avant la crise de 2008. Le déficit budgétaire français n’a cessé de croître depuis 1980, précisément l’époque où des gains de productivité énormes ont commencé à se faire dans l’industrie (30% de notre PIB). Et c’est aussi pendant cette période qu’on a vu les profits se déplacer du travail humain vers le capital. Cela fait beaucoup d’indices concordants, désignant les méfaits de la productivité et de la disparition du travail, plutôt que de mauvais actes, posés par l’Etat.

C’est un travers bien français, au pays de Louis 14, de penser que l’Etat peut tout, et qu’il est donc responsable de tout. De penser par exemple, que les gouvernements successifs, de droite ou de gauche, sont de « mauvaise volonté », pour résoudre le problème de la précarité. Il faut se défaire de cette idée, parce que 8 décisions macro-économiques sur 10 sont prises sans que l’Etat n’aie grand chose à dire (voir Trump vs General Motors). Et si on peut apercevoir quelques différences entre les gouvernement de gauche et de droite, en France, c’est grosso-modo la même chose, sur le plan économique. Les différences, dans les partis dits « de gouvernement », consistent surtout à gesticuler bruyamment autour de problèmes dérivés ou secondaires : la sécurité pour Sarkozy, l’école, les mœurs, ou le terrorisme pour Hollande.

Or ni supprimer les taxes, ni augmenter les salaires ne peut altérer cette « vague » d’investissements destructeurs d’emplois, car la destruction des emplois est la meilleure perspective de profit qui se présente en ce moment. Et nous ne sommes qu’au début de ce Tsunami (40% des emplois informatisables ou robotisables dans les 30 ans). C’est dire dans quelle panade on est…

C’est ce qui explique que les gouvernements de droite comme de gauche, ne voient pas d’autre alternative que de diminuer le « train de vie » de l’Etat. S’ils n’ont que ce mot là à la bouche, c’est parce qu’ils estiment que c’est le SEUL levier économique à leur disposition, tant que ces 8 décisions sur 10 leur échappent.

Au fond, ce qu’on peut vraiment reprocher à nos hommes politiques, c’est de ne pas avouer qu’ils sont impuissants (*), et de persister dans ce mensonge qui est de faire croire le contraire, en se mettant en avant de façon arrogante, à la manière de Trump, de Bolsonaro, mais aussi il faut bien le dire, d’Emmanuel Macron.

Le problème de l’Etat, et plus largement de l’Europe et du Monde, c’est de trouver un moyen d’orienter ces 8 décisions. Mais pour ça, il faut envisager de rompre avec les traités européens et mondiaux, et de s’affranchir des règles de concurrence actuelles. Il faut inventer autre chose, pour rompre avec ce dogme capitaliste, qui est seul est en cause dans la précarité grandissante.

Vaste programme, et on comprends que ça fasse peur aux fondateurs de « Place Publique ». Cela ferait peur à n’importe qui…mais soyons-en. Avec « Place Publique », réfléchissons à comment enfoncer un coin dans le système.

Vincent Rey
findutravail.net

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Graphique : Allemagne, Australie, Royaume Uni, Usa, France, voilà des pays qui ont des politiques salariales et fiscales très différentes.Et pourtant, ils ont tous une dette située entre 50 et 130% de leur PIB.

Pourquoi ? parce que l’emploi disparaît, et que les Etats doivent maintenant payer pour l’avoir sur leur territoire. C’est LA TAXE DU CAPITALISME.

(*) ce qui explique sans doute en partie l’exaspération autour des taxes

(*) ces 8 décisions ne prennent pas forcément la direction d’une augmentation des profits…dans le cas d’Amazon par exemple, les investissements visent une position dominante dans le futur, au dépends des bénéfices qui étaient pratiqués. C’est donc comparable de mon point de vue à ce qui a eu lieu dans les années 70 avec les supermarchés.