Conforama : 1900 emplois supprimés. Le bien public est il miscible dans le bien privé ?

CONFORAMA va fermer 32 magasins, et supprimer 1900 emplois, après avoir bénéficié d’un allègement d’impôt de 50 millions au titre du CICE, selon le Parisien.

Plutôt que « capitalisme de connivence », je parlerai de « capitalisme subventionné », mais c’est peut-être un peu les deux, si on en croit : ce que dit ce sénateur

Cela pose une question de fond : de l’argent public doit-il venir subventionner des entreprises dont le capital est privé ? Nous en sommes à 140 milliards de subventions aux entreprises par an, selon le ministre du budget Gérard Darmanin !

Est-ce bien le rôle des impôts ? Les impôts sont à l’origine des ressources que l’on met en commun pour ce qui relève de l’intérêt public, par nature peu monnayable. Comment donner un prix à la santé, à l’Education, ou à la sécurité nationale ? Ce sont des choses auxquelles il serait difficile de donner un prix, et qu’on évalue dans le PIB à ce qu’elle coûtent, sans doute pour enfoncer le clou d’un contresens qui arrange beaucoup de monde…

Aujourd’hui nous sommes dans un bloubi-boulga incroyable ! L’intérêt public et les intérêts privés se mélangent allègrement. Nous en sommes au point d’oublier ce que c’est que l’intérêt public…En cette période de crise, et de disparition massive du travail, nous en sommes à considérer que l’intérêt public se résume au « meilleur taux d’emploi possible » de la population (d’où les subventions aux entreprises), et à la réduction massive des dépenses publiques (subventions publiques aux entreprises mises à part…bien sûr).

Il n’y a aucune solution possible en persévérant dans ce contresens. Le marché doit s’occuper de ce qui est monnayable, et des prélèvements sur l’activité de ce marché doivent financer ce qui ne l’est pas ! Si on remet cela en cause, pour que les impôts financent le marché, pour qu’en retour de cette activité « dopée », la société en retire le meilleur bénéfice en terme d’emplois ou d’impôts, on voit le problème que ça pose en période de crise du marché, et de disparition massive des emplois…C’est la base même de nos sociétés que l’on remet en cause en persévérant dans ce contresens, telle que nous la concevons depuis la nuit des temps, depuis que l’on a cessé d’être des chasseurs-cueilleurs… Où cela peut-il nous mener, si ce « meilleur taux d’emploi possible » passe de 45 à 30 % de la population, et encore moins dans un avenir proche ?

Le meilleur exemple de cette confusion est le Nucléaire. Il n’y a pas de secteur ou l’intérêt du public a été plus négligé. 70% de notre électricité est d’origine nucléaire, et tout le monde en consomme, ce n’est donc pas exagéré de considérer que l’électricité est un bien public, au même titre que l’eau. Si véritablement l’intérêt du public avait été pris en considération, nous aurions opté depuis le milieu des années 1990 pour un nucléaire sans déchets, tel que l’avait expérimenté aux USA Alvin Weinberg. Il en serait sans doute au stade de la production aujourd’hui. Au lieu de cela, sans doute pour protéger le marché et les emplois d’Areva , la France et l’Allemagne ont perduré dans un nucléaire pressurisé à la fois dangereux, très cher (12 milliards d’euros pour l’EPR de Flamanville), et très polluant (production simultanée de déchets au plutonium).

Il faut revenir au sens originel du vocable « bien public ». L’innovation ne doit pas se soucier des intérêts des uns ou des autres, lorsqu’il s’agit du bien public, ou bien c’est la stagnation. Et les entreprises en charge du bien public doivent être nationalisées, car du capital public n’a rien à y faire, s’il s’agit de défendre des intérêts privés, ou un statu quo technologique. De même, de l’argent public n’a pas à venir subventionner une activité purement lucrative, au prétexte que cela créée des emplois, ou bien c’est le monde à l’envers !

Autrement dit, et pour conclure simplement, le « bien public », n’est pas miscible dans l’intérêt privé, et il serait grand temps de s’en rendre compte. Il doit dépendre de l’intérêt privé mais SANS CONDITIONS. C’est à mon avis aussi important que de comprendre cela que l’impuissance « congénitale » du libre échange en matière d’écologie, comme vient de le dire avec fracas Nicolas Hulot.

V Rey
findutravail.net

– Sur la mauvaise voie prise par le Nucléaire, mon article les 3 gaspillages du nucléaire

– Sur le taux d’emploi en baisse dans les pays européens cet article

– Sur la part d’argent public consacrée à l’aide aux entreprises, voir le graphique de l’INSEE dans mon article intitulé Où est passé l’argent ?

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