Imaginons le RIC, et ce qu’on peut en tirer…

Sur le blog de P Jorion, je réagissais à des propos de « Dissonance » qui disait « C’est le système représentatif qui est vicié, c’est pourquoi toute approche de type « personnalité providentielle » est hors de propos: Si on est honnête et sincère quand on entre dans ce système, on doit devenir malhonnête et menteur pour pouvoir s’y maintenir, dans une sorte de mécanisme darwinien du pire »

Il me semble reconnaître ici une revendication chère au Gilets Jaunes, le RIC, dont ils espèrent le salut universel, alors qu’il ne constitue qu’une diversion de plus (n’en a-t-on pas encore aligné suffisamment, des diversions, depuis 40 ans…? ). Le RIC laisse à penser qu’un problème d’origine économique, pourrait être réglé par des mesures d’ordre institutionnel. C’est une erreur, j’en veux pour preuve que les mêmes problèmes d’inégalité, de chômage, et de pollution existent de façon identique dans des pays démocratiques aux institutions très différentes : USA, Royaume Uni, France, Israël, Italie, Brésil…

Les licenciements, la robotisation, ou la pollution peuvent-ils être freinés par le RIC ? Pas le moins du monde. Le capitalisme mondialisé peut très bien se couler dans des institutions différentes, démocratiques ou non d’ailleurs, pour poursuivre son oeuvre de destruction sociale et environnementale. Il peut se passer des institutions de l’UE, tout comme il peut se passer de la constitution française de 1958 !

Le capitalisme ne pourrait pas ignorer par contre, l’ajout d’un volet économique aux institutions de 1958, car un tel volet impacterait les accords de LIBRE-ECHANGE, et que c’est à cela qu’il faut toucher !

Prenons un exemple : 2028, article 25 du volet économique de la constitution économique : « Les produits sous emballages plastiques sont interdits de commercialisation sur le territoire français ». Une fois voté un tel article dans notre constitution, on ne peut pas revenir en arrière, sans devoir réunir une majorité des 2/3 du congrès (députés + sénateurs réunis). Et donc c’est plié, gravé dans le marbre, et on n’en parle plus.

Comparons avec le RIC, en faisant un peu de politique fiction sur la même question : la loi proposée en 2028 au parlement par le gouvernement de Priscillia Ludowsky arrive à l’Assemblée Nationale, mais dans l’opposition, Marion Maréchal Le Pen (à la tête du puissant mouvement « Nous voila ! ») entend bien profiter de nouvelle loi sur le RIC. Elle propose un Référendum d’Initiative Citoyenne pour destituer la première ministre, officiellement parce que cette loi sur le plastique change trop de choses dans l’organisation des producteurs, ou encore parce que cela perturbe le libre échange des produits alimentaires en Europe…(En réalité, elle propose un RIC pour un autre motif publiquement non avoué, dont elle entend bien faire rendre gorge à P. Ludowsky) … réussite de Marion Maréchal par 50.2 % de « non », et fin de la loi : une gesticulation de plus sans aucun effet sur le réel…si ce n’est un « bonus électoral » pour Marion Maréchal et son mouvement « Nous Voila »….fin de l’épisode prospectif.

Mais le véritable but du RIC est-il vraiment de changer le réel, ou bien de chercher des histoires aux politiciens professionnels ?

Vincent Rey
findutravail.net

2 réflexions au sujet de « Imaginons le RIC, et ce qu’on peut en tirer… »

  1. « Mais le véritable but du RIC est-il vraiment de changer le réel, ou bien de chercher des histoires aux politiciens professionnels ? »

    Le but du RIC n’est pas à mon avis de renverser le capitalisme.

    Le but du RIC et de faire un premier pas vers une refondation institutionnelle permettant de gérer plein de problèmes au plus près, et de permettre, par capillarité, de s’intéresser à des problèmes de plus en plus techniques par des questions simples. La Suisse, aussi critiquable soit-elle, arrive à le pratiquer.

    Et la Suisse est effectivement parfaitement capitaliste…

    Implémenter le RIC et renverser le néolibéralisme sont bien deux problèmes assez orthogonaux.

    Mais si on n’arrive pas à implémenter le RIC… comment peut-on espérer renverser le néolibéralisme??? Cela me paraît un bien plus gros morceau.

    À court terme, le RIC, c’est effectivement chercher des noises aux politiciens professionnels. À moyen/long terme, la question se poserait beaucoup moins. Le RIC ou la démocratie semi-directe, c’est un apprentissage progressif. Cela ne peut pas fonctionner sur le modèle de la rupture avec un système pré-existant.

    1. Mon exemple tendait à montrer que le RIC pourrait nous empêcher de le faire, car on ne peut pas souhaiter avoir une arme de destruction massive comme ça, qui serait uniquement au service de ses propres troupes. elle serait évidement aussi au service des ses adversaires… (ex du gouvernement de P Ludowsky, tentant de faire voter une loi sur le plastique)

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