POURQUOI le slogan « MORT AUX CONS ! » n’est PAS un slogan comme un autre ?

Le 27 janvier dernier, lors d’une manifestation des « Foulards Rouges » à Paris, le slogan « MORT AUX CONS ! » a été scandé par plusieurs dizaines de personnes…

Or « MORT AUX CONS » n’est PAS un slogan comme les autres. Il laisse entendre que dans la société, il y a désormais deux camps : celui des « winners » et celui des « loosers ». Et il y a en germe dans ce slogan l’idée qu’un jour, le camp des « winners » pourrait s’estimer autorisé à s’en prendre aux « loosers », ces « mauvais à l’école », ces « travailleurs pauvres » devenus des gêneurs pour le reste de la communauté…

Des crieurs du slogan « Mort aux cons », le 27 janvier 2019.

Le voila le fascisme de demain : ce n’est pas tout à fait l’extrême droite raciste et antisémite qu’entend combattre E. Macron en Europe, mais l’extrême capitalisme, pour qui toute une part de la population sera devenue inemployable (1), et qui trouvera alors toutes sortes de justifications pour la faire surveiller, enfermer, avant finalement peut-être….de la faire disparaître.

L’extermination des pauvres, quelle perspective humainement insupportable ! Et pourtant, le slogan « MORT AUX CONS ! » n’a pas scandalisé la population, ni les médias, ni même nombre d’intellectuels qui se prétendent libres, tels que M Finkelkraut, M Zeymour, ou M Naulleau ! « Mort aux juifs ! » les aurait fait unanimement (et à juste titre) monter au créneau. « Mort aux cons ! » crié en pleine rue en direction de quelques Gilets Jaunes, les a laissés froids comme le marbre (2).

Karine (?), bléssée par un tir de LBD40 lors d’une manifestation des Gilets Jaunes. Klaus Barbie le « boucher de Lyon » aurait-il fait mieux ?

Honte à ceux qui l’ont scandé, dont on peut dire qu’ils auront été des précurseurs, à oser exprimer une certaine complaisance vis-à-vis d’un exterminisme social, auquel l’exterminisme nazi n’aura peut-être pas grand chose à envier. Faut-il voir sous un autre angle les tirs de LBD40 au visage qui perdurent ? Ils n’ont toujours pas été formellement interdits, et la police se sent toujours soutenue à les pratiquer, plus de 6 mois après les premières mutilations !

Vincent Rey, findutravail.net

(1) 47% des emplois américains sont informatisables, selon cette étude d’Oxford University. Il n’y a aucune raison de penser que les choses sont différentes en europe, ou s’amélioreront dans le futur..voir cet article de la revue Capital…

(2) Un manifestant Gilet Jaune avait invectivé A. Finkelkraut : « barre toi sale sioniste de merde », lui avait-il lancé, ce qui est incontestablement antisémite, mais assez éloigné de « mort aux juifs ! ». « Mort aux cons ! » est beaucoup plus explicite.

Le tribu que nous fera payer l’ultra-libéralisme jusqu’à l’extinction

Contentons nous de faire l’inventaire de l’argent et de l’énergie humaine gaspillée par l’ultra-libéralisme, et aussi celui de tous les troubles induits par la concurrence et la recherche effrénée du profit « hors sol »

La disparition des emplois et la pénurie de moyens pour les ménages est la source de la plupart des déséquilibres dans la société. Comme c’est facile à dire, voici quelques exemples de problèmes sociaux et personnels, auxquels il me semble que l’ultralibéralisme et la disparition des emplois (désormais inéluctable, cf Stefano Scarpetta) contribuent activement :

Gaspillage de ressources, papier, électricité, travail humain, pétrole
Bloquages technologiques pour la préservation d’intérêts en place
Pollution et dégradation des sols, de l’eau, de l’air
production d’ignorance, dépréciation culturelle
Déscolarisation
Divorces, violences conjugales
Trafics divers, surpopulation carcérale
Accidents de la route professionnels
Diabète, dépressions, suicides, abus de médicaments
Chômage, inactivité
Risques nucléaires inutiles (nucléaire pressurisé)
Risques sanitaires inutiles (antibiotiques)
Émeutes, destructions volontaires, vandalisme
Stress au travail, « burn outs »
Destructions de matériel professionnels obsolètes en bon état
Destruction de produits alimentaires
…etc

Ce à quoi il faut ajouter 140 milliards par an d’argent public pour attirer l’emploi ou le maintenir…selon Gérard Darmanin….il me semble que la coupe est pleine non ? Jusqu’à quel niveau de désintégration sociale et personnelles va-t-on continuer à jouer à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Il faut maintenant lâcher l’affaire, et jouer la défense, face à l’ultra-libéralisme.

Vincent Rey
findutravail.net

Le capitalo-fascisme se cache de moins en moins.

2 juillet 2019 : quelques journalistes avec carte de presse tentent de rejoindre une manifestation contre Amazon.
Ils en sont empêchés par la police, alors que d’autres personnes peuvent traverser le barrage librement.

Liberté de la presse?

Scène hallucinante! Mardi 2 juillet à Clichy sur la manifestation contre Amazon des journalistes sont empêchés de s'approcher du rassemblement pour faire leur travail au seul motif qu'ils sont journalistes alors que n'importe quel badaud pouvait circuler librement.source: Remy Buisine pour Brut

Publiée par Putain mais c'est pas possible sur Mardi 2 juillet 2019

Les contraintes physiques ne sont plus un obstacle pour empêcher des journalistes de faire leur travail ? Mais qu’est ce que ça veut dire ???

Et voila où ils voulaient se rendre, pour faire leur métier…

https://twitter.com/i/status/1145940159663353857

Dans CET article sur le projet « montagne d’or » en Guyanne, je posais la question : faut-il vraiment choisir entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale ?

On voit que le gouvernement, fidèle à son motto « en même temps » a choisi les deux. Ce sera le sous prolétariat d’Amazon, ET la catastrophe environnementale en sus. A moins que ce ne soit les trois, puisqu’à celà, il ajoute le renoncement à des Libertés publiques aussi fondamentales que la Liberté d’informer.

Ah comme elle va être belle, la « Start’up nation » de E. Macron !

Vincent Rey
findutravail.net

Conforama : 1900 emplois supprimés. Le bien public est il miscible dans le bien privé ?

CONFORAMA va fermer 32 magasins, et supprimer 1900 emplois, après avoir bénéficié d’un allègement d’impôt de 50 millions au titre du CICE, selon le Parisien.

Plutôt que « capitalisme de connivence », je parlerai de « capitalisme subventionné », mais c’est peut-être un peu les deux, si on en croit : ce que dit ce sénateur

Cela pose une question de fond : de l’argent public doit-il venir subventionner des entreprises dont le capital est privé ? Nous en sommes à 140 milliards de subventions aux entreprises par an, selon le ministre du budget Gérard Darmanin !

Est-ce bien le rôle des impôts ? Les impôts sont à l’origine des ressources que l’on met en commun pour ce qui relève de l’intérêt public, par nature peu monnayable. Comment donner un prix à la santé, à l’Education, ou à la sécurité nationale ? Ce sont des choses auxquelles il serait difficile de donner un prix, et qu’on évalue dans le PIB à ce qu’elle coûtent, sans doute pour enfoncer le clou d’un contresens qui arrange beaucoup de monde…

Aujourd’hui nous sommes dans un bloubi-boulga incroyable ! L’intérêt public et les intérêts privés se mélangent allègrement. Nous en sommes au point d’oublier ce que c’est que l’intérêt public…En cette période de crise, et de disparition massive du travail, nous en sommes à considérer que l’intérêt public se résume au « meilleur taux d’emploi possible » de la population (d’où les subventions aux entreprises), et à la réduction massive des dépenses publiques (subventions publiques aux entreprises mises à part…bien sûr).

Il n’y a aucune solution possible en persévérant dans ce contresens. Le marché doit s’occuper de ce qui est monnayable, et des prélèvements sur l’activité de ce marché doivent financer ce qui ne l’est pas ! Si on remet cela en cause, pour que les impôts financent le marché, pour qu’en retour de cette activité « dopée », la société en retire le meilleur bénéfice en terme d’emplois ou d’impôts, on voit le problème que ça pose en période de crise du marché, et de disparition massive des emplois…C’est la base même de nos sociétés que l’on remet en cause en persévérant dans ce contresens, telle que nous la concevons depuis la nuit des temps, depuis que l’on a cessé d’être des chasseurs-cueilleurs… Où cela peut-il nous mener, si ce « meilleur taux d’emploi possible » passe de 45 à 30 % de la population, et encore moins dans un avenir proche ?

Le meilleur exemple de cette confusion est le Nucléaire. Il n’y a pas de secteur ou l’intérêt du public a été plus négligé. 70% de notre électricité est d’origine nucléaire, et tout le monde en consomme, ce n’est donc pas exagéré de considérer que l’électricité est un bien public, au même titre que l’eau. Si véritablement l’intérêt du public avait été pris en considération, nous aurions opté depuis le milieu des années 1990 pour un nucléaire sans déchets, tel que l’avait expérimenté aux USA Alvin Weinberg. Il en serait sans doute au stade de la production aujourd’hui. Au lieu de cela, sans doute pour protéger le marché et les emplois d’Areva , la France et l’Allemagne ont perduré dans un nucléaire pressurisé à la fois dangereux, très cher (12 milliards d’euros pour l’EPR de Flamanville), et très polluant (production simultanée de déchets au plutonium).

Il faut revenir au sens originel du vocable « bien public ». L’innovation ne doit pas se soucier des intérêts des uns ou des autres, lorsqu’il s’agit du bien public, ou bien c’est la stagnation. Et les entreprises en charge du bien public doivent être nationalisées, car du capital public n’a rien à y faire, s’il s’agit de défendre des intérêts privés, ou un statu quo technologique. De même, de l’argent public n’a pas à venir subventionner une activité purement lucrative, au prétexte que cela créée des emplois, ou bien c’est le monde à l’envers !

Autrement dit, et pour conclure simplement, le « bien public », n’est pas miscible dans l’intérêt privé, et il serait grand temps de s’en rendre compte. Il doit dépendre de l’intérêt privé mais SANS CONDITIONS. C’est à mon avis aussi important que de comprendre cela que l’impuissance « congénitale » du libre échange en matière d’écologie, comme vient de le dire avec fracas Nicolas Hulot.

V Rey
findutravail.net

– Sur la mauvaise voie prise par le Nucléaire, mon article les 3 gaspillages du nucléaire

– Sur le taux d’emploi en baisse dans les pays européens cet article

– Sur la part d’argent public consacrée à l’aide aux entreprises, voir le graphique de l’INSEE dans mon article intitulé Où est passé l’argent ?

Imaginons le RIC, et ce qu’on peut en tirer…

Sur le blog de P Jorion, je réagissais à des propos de « Dissonance » qui disait « C’est le système représentatif qui est vicié, c’est pourquoi toute approche de type « personnalité providentielle » est hors de propos: Si on est honnête et sincère quand on entre dans ce système, on doit devenir malhonnête et menteur pour pouvoir s’y maintenir, dans une sorte de mécanisme darwinien du pire »

Il me semble reconnaître ici une revendication chère au Gilets Jaunes, le RIC, dont ils espèrent le salut universel, alors qu’il ne constitue qu’une diversion de plus (n’en a-t-on pas encore aligné suffisamment, des diversions, depuis 40 ans…? ). Le RIC laisse à penser qu’un problème d’origine économique, pourrait être réglé par des mesures d’ordre institutionnel. C’est une erreur, j’en veux pour preuve que les mêmes problèmes d’inégalité, de chômage, et de pollution existent de façon identique dans des pays démocratiques aux institutions très différentes : USA, Royaume Uni, France, Israël, Italie, Brésil…

Les licenciements, la robotisation, ou la pollution peuvent-ils être freinés par le RIC ? Pas le moins du monde. Le capitalisme mondialisé peut très bien se couler dans des institutions différentes, démocratiques ou non d’ailleurs, pour poursuivre son oeuvre de destruction sociale et environnementale. Il peut se passer des institutions de l’UE, tout comme il peut se passer de la constitution française de 1958 !

Le capitalisme ne pourrait pas ignorer par contre, l’ajout d’un volet économique aux institutions de 1958, car un tel volet impacterait les accords de LIBRE-ECHANGE, et que c’est à cela qu’il faut toucher !

Prenons un exemple : 2028, article 25 du volet économique de la constitution économique : « Les produits sous emballages plastiques sont interdits de commercialisation sur le territoire français ». Une fois voté un tel article dans notre constitution, on ne peut pas revenir en arrière, sans devoir réunir une majorité des 2/3 du congrès (députés + sénateurs réunis). Et donc c’est plié, gravé dans le marbre, et on n’en parle plus.

Comparons avec le RIC, en faisant un peu de politique fiction sur la même question : la loi proposée en 2028 au parlement par le gouvernement de Priscillia Ludowsky arrive à l’Assemblée Nationale, mais dans l’opposition, Marion Maréchal Le Pen (à la tête du puissant mouvement « Nous voila ! ») entend bien profiter de nouvelle loi sur le RIC. Elle propose un Référendum d’Initiative Citoyenne pour destituer la première ministre, officiellement parce que cette loi sur le plastique change trop de choses dans l’organisation des producteurs, ou encore parce que cela perturbe le libre échange des produits alimentaires en Europe…(En réalité, elle propose un RIC pour un autre motif publiquement non avoué, dont elle entend bien faire rendre gorge à P. Ludowsky) … réussite de Marion Maréchal par 50.2 % de « non », et fin de la loi : une gesticulation de plus sans aucun effet sur le réel…si ce n’est un « bonus électoral » pour Marion Maréchal et son mouvement « Nous Voila »….fin de l’épisode prospectif.

Mais le véritable but du RIC est-il vraiment de changer le réel, ou bien de chercher des histoires aux politiciens professionnels ?

Vincent Rey
findutravail.net

Une ébauche de programme pour les Gilets Jaunes, et les autres contestataires de ce capitalisme mortifère

Fiscalité : abandon des paris financiers, et réglage des prélèvements pour assurer indépendamment de la conjoncture, le financement de la gratuité sur l’essentiel (nourriture, soins, logements, réseaux)

Culture : suppression de la publicité sur les médias de masse (financement des médias : on se débrouille autrement, avec les 140 milliards/an – voir ci-dessous – , on a de la marge..)

Energie : abandon du nucléaire « pressurisé » au profit des énergies renouvelables, soutenues par un nucléaire à combustible liquide au Thorium, sans déchets de plus de 300 ans (expérimenté dans les années 60 par A. Weinberg). Passage au tout électrique, et abandon total des énergies fossiles.

Transports : TVA différentiée sur les moyens de transports, en fonction de leur consommation d’énergie, de leur poids, et de leur puissance, taux de tva différents décidés en concertation. Politique fiscale vis-à vis des moyens de transport, extensible à tous les produits de consommation, en fonction de leur impact environnemental.

Agriculture : passage à l’économie mixte, de sorte à faire entrer les enjeux environnementaux défendus par le public, dans les moyens de production. Produits agricoles non concurrentiels ? On les aide à le devenir, par un surcroît de tva sur les produits importés, non conformes à nos standards environnementaux. (protectionnisme ou écologie ? il faut choisir…on ne fera pas d’écologie en pouvant tout importer…)

Budget : fin des 140 milliards/an de subvention aux entreprises (la moitié du PIB de 1973), transfert du tout vers la gratuité sur l’essentiel, et une véritable politique industrielle, décidée en concertation. Le chômage grimpe ? On s’en fiche, de toute façons, le travail disparaissant inéluctablement, on ne fait que reculer pour mieux sauter dans la gratuité. Inutile donc de continuer à subventionner les emplois. On en profite également pour mettre fin aux « jobs à la cons », gaspillant inutilement du temps et des ressources.

Technologie, recherche : on fonce dans tout ce qui est alternatif et intéressant, sans aucun égard pour les profits des uns ou des autres, une fois la gratuité sur l’essentiel assurée.

Forcément, ça décoiffe un peu, mais on est pas obligé de tout faire du jour au lendemain. Ce serait peut-être plus à la hauteur non ? M Jorion un commentaire ?