Gilets Jaunes, vers un nouveau 1933 ?

Aujourd’hui, 20 février 2019. Après l’agression verbale de Alain Finkielkraut, on a le sentiment de se trouver dans une double impasse.

Impasse du côté des Gilets Jaunes : avec des manifestations sans fin et sans objectif clair, par des gens qui faute de réponse politique à leurs attentes, ont consenti à la violence et à la désorganisation pour faire pression sur le reste de la population. Les Gilets Jaunes ont cru pouvoir présenter une alternative politique, en mettant en tête de leurs revendications le RIC, un dispositif censé « encapsuler » ses représentants dans de la démocratie directe. Un dispositif que curieusement, ils n’ont pas appliqué à leur propre mouvement, préférant rejeter toute représentation, et par conséquent toute revendication commune.

Impasse du côté de l’Etat. En initiant « Le grand débat », E. Macron a voulu retourner la question aux Gilets Jaunes, pour leur faire comprendre avec « pédagogie », les raisons économiques qui faisaient qu’ils devaient se résigner à l’aggravation de leur précarité. Le gouvernement a donc choisi de ne pas faire preuve de sincérité, de ne pas parler des subsides énormes consenties par les Etats pour préserver de l’activité dans le pays, activité sans laquelle le financement de l’Etat lui-même serait menacé. En agissant ainsi, le gouvernement se fait le complice d’un capitalisme immoral. Il se soumet au chantage que la disparition du travail et l’évasion fiscale exercent sur lui.

Double impasse, double absurdité, qu’amplifient volontiers les chaînes d’infos en continu, attachées à montrer ce qui est sensationnel. Développant à l’infini les détails des affrontements; oubliant volontiers de rechercher ou d’analyser des causes de l’aggravation de la précarité, ayant conduit à ce soulèvement; amplifiant les violences physiques antisémites (insultes haineuse à A. Finkielkraut, par un excité), minimisant pendant les premières semaines au moins, les violences physiques aux manifestants (matraquages de personnes âgées, œils perdus, mains arrachées, renversement par des véhicules de police).

Avec la poursuite des manifestations malgré l’infiltration évidente de groupuscules violents incontrôlables, et la multiplication la semaine dernière des actes antisémites, on entre dans une nouvelle phase, qui est celle du retournement de l’opinion. Les actes antisémites en particulier, donnent maintenant du grain à moudre à une opinion, déjà tentée de faire un parallèle avec l’arrivée au pouvoir des nazis en 1933. Cette opinion publique, qui veut se persuader que l’Histoire se répète à l’identique, se prépare à une répression féroce contre Les Gilets Jaunes, et l’antisémitisme arrive à point pour leur servir de caution morale, au nom de l’idée qu’en 1933, il aurait fallu réprimer sévèrement les nazis pour éviter le pire.

Une vision très simpliste des choses, car les véritables causes du nazisme étaient ailleurs. Elles se nichaient (c’est aujourd’hui dans tous livres d’Histoire) dans les conditions inacceptables faites aux allemands par le Traité de Versailles. Est-il si absurde, aujourd’hui, de proposer UN AUTRE PARALLÈLE, en comparant la résignation que l’on demandait aux Allemands pour qu’ils se soumettent au Traité de Versailles, à celle des pauvres et des précaires d’aujourd’hui, à qui l’on demande de se résigner à la précarité, pour le meilleur bénéfice commun de la Nation, que constituent la préservation de la croissance et la permanence de l’Etat ?

Car si l’on s’en tient aux faits et non aux passions, QUI sont les victimes depuis le début de ces manifestations ? Les juifs ? les 1000 policiers blessés ? Ou bien ces précaires de tous âges, qui ont été éborgnés, dont les mains ont été arrachées par des grenades, qui se sont fait renverser par des véhicules (parfois de police) ? Et QUI s’apprête à subir la répression de la loi « anti-casseurs », une loi liberticide de circonstance qui va permettre aux Préfets d’interdire certaines manifestations ? Dans quel camp est la Liberté ? Et sur qui se prépare-t-on à exercer les dernières violences, pour ne pas remettre en cause la trajectoire écologique et sociale délétère du capitalisme ?

La sincérité d’une NOUVELLE ANALYSE, de la part du gouvernement, est la SEULE PORTE DE SORTIE POUR RÉUNIR LES PARTIES. Si seulement E. Macron était un Homme d’Etat, il aurait ce courage de ROMPRE AVEC LES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES qui ont contribué à son arrivée au pouvoir, et d’évoquer sincèrement les raisons de ce délitement du capitalisme (1) pour RÉUNIR LA NATION, à condition que ce soit encore possible aujourd’hui. Mais est-il un Homme d’Etat ? Donne-t-il le moindre signe d’avoir ce courage politique, de dénoncer ce capitalisme de moins en moins au service de l’intérêt général, et des classes moyennes en particulier ?

Vincent Rey
findutravail.net

(1) Un délitement qu’il a forcément vu, puisqu’il a évoqué lors de ses voeux, que nous vivions « la fin du capitalisme ultralibéral et financier ».

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