Sécurité routière : ne plus infantiliser, ni taxer.

Cette idée des risques absolus liés à la vitesse est absurde. Il n’y a rien de plus relatif qu’un risque, Mais le mieux pour démontrer ceci est de prendre un exemple.

En Juillet 1969, Neil Armstrong au commandes du LEM (« Eagle »), s’approche de la surface de la lune (0), lorsque l’ordinateur de bord tombe en panne. La zone qu’il survole alors est impropre à l’alunissage. Cette panne le contraint de prendre les commandes de « Eagle » en manuel, et il décide de remettre les gaz pour prolonger la descente tandis qu’Aldrin décompte les secondes de propergol restantes, afin de ne pas entamer le volume nécessaire au redécollage. Lorsque Armstrong pose finalement le LEM, il ne lui reste plus que 20 secondes de propergol à utiliser, pour permettre ce retour. Voila une situation de risque maximum (la vie de deux astronautes était en jeu), à laquelle un pilote d’exception a parfaitement répondu, dans l’improvisation.

Récemment, je posais la question suivante à Jean François Clervoy, qui était venu aux rendez-vous de l’Histoire de Blois l’année dernière : « M Clervoy, on sait que le risque pris par les astronautes à bord de la navette spaciale était de l’ordre de 2% (1), quel serait pour vous le risque acceptable, dans le cadre d’une expédition sur Mars ? Il a un peu noyé le poisson, en me répondant que le risque serait progressif, et que les astronautes qui seront amenés à prendre en charge les premières étapes de la mission sera moindre que celui pris par ceux qui fouleront effectivement le sol de Mars. Je subodore cependant, que le risque pris par ces derniers hommes sera du même ordre que celui pris lors des premières missions Apollo, que JF Clervoy nous a dit être de l’ordre de 50% (environ 1 chance sur 2 d’avoir un incident majeur). (2)

Et donc pour en revenir au 80 km/h, il est évident que nous ne sommes pas égaux devant des risques identiques, et que nous sommes dans l’obligation de les estimer individuellement avec acuité, lorsque nous sommes au volant. Ainsi, un pilote comme Neil Armstrong pourrait sans doute envoyer un SMS en conduisant à 80 km/h, en prenant certaines précautions, mais ce n’est pas le commun des mortels. Si Mireille Mathieu par exemple, s’imagine pouvoir le faire, elle estime probablement mal ce risque, car elle ne dispose pas (sauf erreur) des mêmes facultés de pilotage.

Imaginons aujourd’hui des clones parfaits de Niel Armstrong et de Mireille Mathieu, passant le permis de conduire : il faudrait leur apprendre à l’un et à l’autre, et malgré leurs différences, les méthodes pour bien estimer leurs risques. Des outils informatiques de simulation doivent permettre de le faire, cela n’a rien de compliqué.

S’il en est ainsi pour les 80km/h, il en va de même pour tous les facteurs diminuant l’individu au volant : par exemple la fatigue, un gros rhume de cerveau, un médicament anti-dépresseur, ou même deux demis de bière bus dans un café avec des amis. Des facteurs extérieurs aussi, tels que le brouillard ou la pluie, ou le soleil dans la figure, viennent se cumuler aux facteurs individuels….toutes ces circonstances font d’une situation donnée un enchevêtrement de risques que des interdictions ou des obligations multiples n’ont aucune chance de pouvoir bien encadrer.

L’idée qu’on ne peut conduire en étant amoindri est trop simple. Prenons l’exemple des personnes handicapées. Les manchots par exemple, sont diminués pour tenir un volant, comparés aux personnes qui ont leur deux bras, et pourtant, moyennant une boule sur le volant, ils n’ont pas plus d’accidents que les autres. Les personnes sourdes également; peuvent ignorer un coup de Klaxon, les myopes peuvent ignorer plus longtemps une voiture déportée à gauche en sens inverse. On sait aussi que les personnes âgées, ont des réflexes plus lents. Toutes ces personnes s’adaptent, et il ne viendrait à personne l’idée de leur interdire de conduire. Si chacun a appris à faire avec son handicap, ou avec les conséquences de la vieillesse, chacun peut aussi s’adapter (à condition de l’apprendre) à un amoindrissement passager dû à la fatigue, à un médicament, au brouillard, ou même à l’alcool.

L’abus d’alcool comme la vitesse n’est donc pas un risque absolu, mais relatif, qu’il faut apprendre à bien estimer tout comme la vitesse, et on peut penser que ce serait la meilleure chose que d’apprendre à chacun à bien estimer les conséquences de ces amoindrissements passagers, pour adapter ses comportements au volant durant ces circonstances.Ce ne serait ni coûteux, ni difficile à organiser, et ce serait aussi très populaire, car on quitterait ainsi cette idée du « conducteur enfant », et avec elle tout le cortège de fausses punitions, y compris ces coûteux radars mobiles, dont tout le monde sait bien qu’il servent avant tout à percevoir des taxes.

Les taxes et les impôts sont affaire de revenus ou de montants de consommation. Ils n’ont pas à venir empiéter sur les questions de sécurité routière. On y retrouverait de la liberté, et de la vérité dans l’analyse.

(0) Histoire détaillée de atterrissage du LEM sur Wikipedia

(1) en fait je me trompais, il était selon JF Clervoix de 1%, à bord de la navette

(2) Ce niveau de 50% explique l’immense respect que la communauté des astronautes a pour ces vétérans, qui ont pris d’énormes risques.

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