Quelle politique de l’énergie, en période de déséquilibre ?

Depuis Tchernobyl et Fukushima, on connait les dévastations colossales que peuvent entraîner l’explosion et la fusion d’un réacteur nucléaire. Ces accidents nous ont apporté la preuve qu’une erreur humaine est possible (Tchernobyl), ou qu’ils peuvent avoir pour origine des événements naturels insoupçonnables (Fukushima). Des attentats dépassant l’imagination peuvent aussi se produire : qui aurait imaginé qu’un 11 septembre, le World Trade Center pouvait disparaître en quelques heures ?.

Les conséquences de la fusion d’un réacteur nucléaire ont la capacité de décimer non seulement l’environnement, mais une économie toute entière. Suite à l’accident de Fukushima, seul le vent, bien orienté ce jour là, a évité de contaminer massivement la ville de Tokyo. Il y a, à ce jour, 58 réacteurs nucléaires à eau pressurisée (0), sur le sol français, et nous prenons chaque année un « ticket de loto » pour la survenue d’une telle catastrophe, en échange de la fourniture d’une électricité peu chère et dé-carbonée.

Cependant, le risque nucléaire ne peut pas être isolé d’autres aléas plus probables, tels que l’effondrement du capitalisme financier, la survenue d’un « peak oil » mondial (1), ou celle d’une guerre éventuelle, suite aux conflits d’intérêts violents qui pourraient en découler. Les choix en matière d’énergie sont donc cruciaux, et ils doivent rester compatibles avec l’éventualité d’un effondrement économique brutal, et avec les évolutions du climat dont on commence à redouter les effets. Une politique de « transition énergétique » est donc nécessaire, mais nous devons nous garder d’agir brutalement, en ignorant ce contexte.

L’objectif à court terme doit donc être l’autonomie énergétique et la sécurité, même dans l’éventualité d’une crise économique ou géopolitique majeure. A moyen terme, l’objectif doit être la cessation de la production de déchets nucléaires de « longue vie », donc l’abandon des réacteurs nucléaires à eau pressurisée, ainsi que la cessation des émissions de carbone dans l’atmosphère. A long terme, enfin, ce doit être l’adoption d’une énergie universelle totalement neutre pour l’environnement. Toute l’Europe devrait s’impliquer dans la poursuite de ces objectifs. Il est aussi important de garder à l’esprit, que toute réforme de fond en matière d’énergie avortera, si elle doit avoir pour conséquence une augmentation importante du prix de l’électricité pour le consommateur. « La gratuité sur l’essentiel » (qui inclut la gratuité de l’électricité), serait donc de nature à faciliter cette transition. (tandis que le revenu de base non)

Aujourd’hui, 77% (2)(3) de notre électricité, est fournie par les centrales nucléaire à eau pressurisée. Il faut donc tout faire pour accélérer la recherche dans toutes les nouvelles technologies de l’énergie, en particulier les technologies de stockage de l’électricité sans lesquelles le soleil et le vent ne pourront pas être une véritable alternative, ainsi que les technologies d’enfouissement du carbone émis par les centrales thermiques. Il faut aussi soutenir la recherche dans les nouvelles technologies du nucléaire, tels que les réacteurs MSR à sels fondus (4) qui ne produisent pas de déchets radioactifs (ou très peu, et aucun > 300 ans), de même que la recherche sur la fusion nucléaire, car cette énergie infinie, quand nous l’obtiendrons, sera peut-être notre seul recours, pour réguler la température de l’atmosphère.

Parallèlement à ce soutien, nous pouvons réduire le risque nucléaire en réduisant l’activité humaine à ce qui est strictement nécessaire. Dans le contexte de disparition du travail, et de surproduction agricole et qui est le nôtre, l’Europe, l’Etat, ou les collectivités locales apportent leur soutien financier à des projets susceptibles de créer des emplois , ou subventionnent des secteur d’activité ne parvenant pas à écouler leur production (ex lait, porc). Ce soutien au capitalisme coûte cher. Le poste « Subventions » de la Comptabilité Nationale atteint aujourd’hui 54 milliards d’euros par an, soit environ 1 euro sur 40 de la richesse créée en France en 2018. Certes, une partie de ces 54 milliards vise aussi à combler les manques laissés depuis 40 ans par la disparition des revenus du travail, dans des lieux particulièrement touchés par cette évolution. Il est temps maintenant d’analyser précisément ce poste, et de voir si le montant total de ces « patchs » au capitalisme (5) ne profiteraient pas d’avantage aux citoyens, en venant financer des projets plus utiles à la collectivité, tel que par exemple la « gratuité sur l’essentiel » telle que proposée par Paul Jorion, la rénovation énergétique des locaux, ou la construction de logements sociaux bien isolés.

Vincent Rey

le 20 janvier 2019

(0) En 2012, sur les 436 réacteurs nucléaires installés dans le monde, 96% d’entre eux (418) fonctionnaient avec du combustible solide, et de l’eau pressurisée entre 70 et 130 bars comme fluide caloporteur. Ils se répartissaient ainsi : 272 PWR (Pressure Water Reactor, genre Three Mile Island), 84 BWR (Boiling Water Reactor, genre Fukushima), 47 PHWR (Pressure Heavy Water Reactor, genre Three Mile Island amélioré) et 15 LWGR (graphite moderated light water cooled, ou RBMK, genre Tchernobyl).

(1) « Peak Oil » : stade du marché pétrolier où tous les demandeurs ne peuvent plus être fournis avec des coûts d’extraction suffisamment bas, et où inévitablement, les prix s’envolent jusqu’au « plus offrant », donnant un prix inédit à tout ce qui sera fabriqué avec du pétrole, c’est à dire à peu près tout.

(2) Graphique : source, INSEE, Structure de la consommation d’énergie primaire (tableaux en millions de tonnes équivalent pétrole, mis en porcentage) et production brute et consommation d’électricité. (en TWh, mis en pourcentage).

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(3) 1/3 de notre électricité produite en 2015 fournissait le résidentiel (chauffage principalement), et 2/3 pour le secteur professionnel (soit 35 et 65%).

(4) Nouvelles technologies du nucléaire : les réacteurs MSR, adorant « bouffer » des déchets nucléaires.

voir  « Thorium, la face gâchée du nucléaire ». Documentaire de Myriam Tonelotto sur Youtube.

voir aussi ce projet de production en série de petits réacteurs MSR (Taylor Wilson):

https://www.ted.com/talks/taylor_wilson_my_radical_plan_for_small_nuclear_fission_reactors/discussion?lipi=urn%3Ali%3Apage%3Ad_flagship3_feed%3BlVP1XstgSuKWe9RQCOlv7Q%3D%3D

(5) patchs : appelons ces subventions comme ça, car après tout, le rôle premier de l’économie est tout de même de faire vivre les citoyens. L’avons nous oublié ?

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2 réflexions au sujet de « Quelle politique de l’énergie, en période de déséquilibre ? »

  1. Pour info, diffusion ce lundi 4 février après Soir 3 de « Rêves Fondus », la suite « franco-française » de Thorium, la face gâchée du nucélaire : l’histoire des racteurs à sels fondus mais vue cette fois depuis l’Hexagone.

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meuse/bure/3-raisons-regarder-documentaire-reves-fondus-lundi-apres-soir-3-1613211.html

    https://www.facebook.com/france3pdl/posts/2454761177886505

  2. Pour info, diffusion ce lundi 4 février après Soir 3 de « Rêves Fondus », la suite « franco-française » de « Thorium, la face gâchée du nucléaire » : l’histoire des réacteurs à sels fondus mais vue cette fois depuis l’Hexagone.

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meuse/bure/3-raisons-regarder-documentaire-reves-fondus-lundi-apres-soir-3-1613211.html

    https://www.facebook.com/france3pdl/posts/2454761177886505

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