La France de 2018 aurait-elle survécu au choc pétrolier de 1973 ?

Devant l’ampleur prise par le mouvement des « Gilets Jaunes », suite à l’augmentation (modérée) du prix du pétrole en 2018, il peut être utile de se souvenir du choc pétrolier de 1973, et de se demander si notre société d’aujourd’hui aurait pu survivre à une telle secousse. En 1973, le prix du baril de pétrole avait été multiplié par 4 (1). Par comparaison, en 2018, il n’a augmenté que de 25% dans sa plus forte amplitude (2).

Dans les années 70 les français circulaient déjà abondamment en voiture, et  l’humoriste Jacques Tati critiquait l’abus de la consommation d’essence et les embouteillages dans son film « TRAFIC » (1971). Le pays avait pourtant réagi avec solidarité pour absorber cette augmentation (3), en se ralliant autour de mots d’ordre tels que « faisons la chasse au gaspi ». Il n’y avait pas eu de grèves dans les usines, aucune manifestation sur la voie publique, et absolument aucune casse.

Qu’est-ce qui a donc changé, avec les « Gilets Jaunes », pour qu’un déploiement aussi extraordinaire de la force publique soit rendu nécessaire à l’encadrement de leur colère (6), suite à cette augmentation de 25% ? Le peuple français s’était fait à cette fatalité en 1973, il est sorti dans la rue en 2018.

Cette crise des « Gilets Jaunes » témoigne avant tout de l’atomisation la société française. En 1973, notre économie était encore bien charpentée. C’était une société de classe, mais chacun y trouvait à peu près sa place dans des entreprise publiques ou privées bien constituées. L’usine, la ferme, le bâtiment, le magasin, le lycée, ou l’hôpital, offraient des revenus stables à long terme…l’Etat avait son mot à dire sur les prix, notamment celui du pain et des loyers. Le nombre de chômeurs était alors faible, inférieur à 1 million.

Cette économie bien charpentée s’est ensuite lentement fragilisée. Dès les années 1980, l’informatique a commencé à faire disparaître des emplois de secrétaires, puis des emplois industriels (5) et miniers ont disparus, portant le chômage à 2 millions. Les délocalisations ont amplifié la tendance dans les années 90, laissant à l’État le soin de combler les vides laissés par la disparition de l’activité. La dette de l’Etat a alors commencé à augmenter.

L’impuissance a persisté dans les années 2000, en France comme dans d’autres pays industriels. Puis dans les années 2010, des hommes politiques peu scrupuleux, ou assez stupides pour croire en la pertinence de leurs analyses, ont alors commencé à prétendre que les chômeurs étaient paresseux, ou manquaient d’initiative…

La monde du travail en 2018 a profondément changé. Pour beaucoup, c’est devenu le monde le la précarité, qui touche maintenant un cinquième de la population active, qui ne peut plus se projeter dans l’avenir, et la vague d’informatisation se poursuit, au profit exclusif des détenteurs de capitaux (ce qui n’a rien d’étonnant, puisque ce sont ces mêmes capitaux, qui finançaient déjà ces usines). De nouvelles destructions d’emploi massives se préparent dans les transports, dans la banque, dans la grande distribution.

Comment l’Etat pourra-t-il continuer à y faire face ? Il est d’ores et déjà acculé.

Malgré une croissance de 2.2%, et des investissements record en 2017, le chômage ne quitte pas la barre de 3 millions (7). Les impôts et taxes pèsent de plus en plus lourd dans le budget des plus modestes, qui les refusent. Parallèlement l’Etat doit faire face à ses dépenses d’éducation, d’armée, de santé, de diplomatie, de police…Il n’a pas d’autre choix que de maintenir la croissance, ce d’autant plus qu’il rivalise avec d’autres pays, pour attirer des employeurs sur le territoire,  en multipliant les subventions ou les allègements de charges.

Une telle attitude, n’a plus grand chose en commun, avec le Colbertisme de Louis 14, quoi qu’en pensent les « Gilets Jaunes », pour qui E. Macron serait le seul responsable de leur précarité, en n’ouvrant pas le « porte-monnaie » de l’Etat.

Cette crise est donc à la fois un « bras de fer », et un énorme malentendu.

C’est un « bras de fer » entre l’État français, dont la dette approche maintenant un an de PIB (8), et des citoyens « de base » aveuglés par la colère, qui ne comprennent pas le problème tel qu’il se pose : les « Gilets Jaunes » refusent cette précarité sans espoir, qu’on leur demande d’accepter comme une fatalité, et tout nouvel effort à leur dépens concernant une quelconque participation écologique. Sur ces points, on peut pas leur donner tort, puisque le problème à la source de tous les autres, c’est la disparition des revenus du travail depuis 40 ans.

Mais c’est aussi un malentendu, car l’État, en l’occurrence, n’est pas directement responsable. Ces disparitions d’emploi, et ces dégâts écologiques sont la conséquence directe de la concurrence pour l’activité, à laquelle se livrent les pays, et du « moins disant » social et environnemental » qu’elle impose. Mais ceci, les « Gilets Jaunes » ne peuvent pas le comprendre : comment peuvent-ils  admettre que les caisses de l’État français sont vides, alors que la création de richesse annuelle (PIB) s’est multipliée par 10 depuis 1973 (4) ?. Il ne faut pas chercher ailleurs, la certitude qu’ils ont, que tous ses représentants de l’Etat français « se goinfrent », et se livrent à d’immenses gaspillages.

La crise des « Gilets Jaunes » a dévoilé la fragilité effrayante de notre société. Si un choc pétrolier comparable à celui de 1973 (8) venait à se produire, nous serions incapable de l’absorber, et nous pourrions alors redouter le pire pour nos institutions, dans une telle incompréhension.

Souhaitons de ne pas être confrontés, un jour, à PENURIE d’essence. Cela n’a rien d’impossible, si l’on en croit les déclaration passées de T. Desmarets, admettant la possibilité d’un « Peak Oil » en 2020 (8). Quelle serait alors l’ampleur de l’augmentation de l’essence à la pompe ? x2 , x3 x 10 ? Et qu’adviendrait-il alors de notre pays et de ses institutions ?

La crise des « Gilets Jaunes » nous montre, qu’il n’y a donc RIEN DE PLUS URGENT, que de se donner un coup d’avance pour parer à cette menace, en prenant dès aujourd’hui des dispositions, pour rediriger les aides de l’Etat vers l’aide aux plus démunis, au lieu de subventionner l’activité, et pour se  libérer totalement et rapidement des énergies carbonées.

Notre démocratie est en risque, si nous ne le faisons pas.

Vincent Rey
findutravail.net

(1) Entre le mois d’octobre 1973 et le mois de janvier 1974, le prix du baril du brut de référence qu’est l’« Arabe léger », est quadruplé, passant de 2,32 $ à 9 $. (wikipedia)

(2) de 68.34$ à 86.07$ entre avril et octobre 2018, soit 25% d’augmentation.

(3) Aucune conséquence notable sur la richesse produite dans le pays : le PIB n’a même pas reproduit ce choc (source OCDE).

(4) PIB de 2013 : 260 milliards de $. PIB de 2016 : 2765 milliards $.
(https://data.oecd.org/fr/gdp/produit-interieur-brut-pib.htm)

(5) Disparition des emplois industriels. Graphique de T Méot, rapport de l’INSEE.

(6) 86000 policiers et CRS déployés sur le territoire, équipés de blindés pouvant projeter du liquide incapacitant (selon le nouvel obs).

(8) la dette française selon l’INSEE, s’est établie à 2218,4 milliards fin 2017, soit 97% de la richesse annuelle créee dans le pays (PIB). Par comparaison, les recettes fiscales nettes de l’Etat en 2017 représentaient 295 milliards, soit 13%.

(8) M. Desmarest, président de TOTAL en 2010, a déclaré  : « The problem of peak oil remains (…) it would be very difficult to raise oil production worldwide above 95 million barrels a day, which is 10% more than today’s level. The problem is not one of insufficient reserves, but that a lot of it is difficult to be produced. »

Mr Desmarest told the AFP news agency that world oil production could peak in about 10 years.

 

Chérif Chekatt, marché de Noël de Strasbourg, 12 décembre 2018. 3 morts, 8 blessés graves, et la comédie médiatique qui s’en nourrit…

Une nouvelle fois, le terrorisme frappe, Chérif Chekatt armé d’un poignard et d’une arme de poing, abat et frappe des personnes au hasard, sur le marché de noël, aux alentours de la place Kléber.

3 morts, une quinzaine de blessés, dont 7 ou 8 graves.

Aussitôt les chaînes d’information en continu embrayent dans une analyse froide, presque routinière. Les journalistes se succèdent, parlent d’un loup solitaire isolé, blessé, que l’on traque.

BFM liste ses forfaits, le désigne comme « l’individu ». Ce n’est plus un homme, c’est une sorte d’animal sauvage. Il est né mauvais comme un mauvais chien, condamné à 27 reprises dès l’age de 10 ans, alors qu’il n’a que 29 ans.

Pour faire contrepoids à cette analyse que l’on peut à juste titre qualifier de « satanique », une personne qui connaît l’une des victimes s’exprime  plus intelligemment, au journal de 13h ce 13 décembre (France Inter)

« On parle de Guerre contre la terreur, mais l’assassin habitait à Strasbourg (…) on est amené à s’interroger, sur ce qui n’a pas fonctionné (…) au delà des questions de sécurité, il faut qu’on se pose la question, qu’est ce qui produit ça ? »

Il y a en effet de nombreuses questions à se poser, sur la récidive, sur la prison, et sur l’origine de la folie de Chérif Chekatt, que « l’appât du gain » a rendu fou, selon la police.

D’où lui venait cette folie, il ne l’a pas reçue en naissant ? Quel est le rôle de la société dans cette folie ?

Mercredi, la police venait l’arrêter. Il se savait en fin de course, recherché pour une agression physique au couteau, qui lui vaudrait à coup sûr une dizaine d’année de prison. Une porte de sortie s’est ouverte devant ses yeux :  l’assassinat islamique, seule capable de restaurer son image dégradée devant Dieu.

Dans les années 30, un gamin des quartiers misérables de Tellico (Texas), nommé Clyde Barrow faisait un peu le même trajet, passant du vol de voiture au braquage de banque, refusant catégoriquement l’idée de retourner en prison, où il avait été violé.

La gratuité sur l’essentiel, que propose Paul Jorion, cette sécurité d’existence offerte à tous pour tout ce qui est vital, ainsi qu’une atténuation de la pression publicitaire, aurait peut-être protégé Chérif Chekatt (ainsi que toutes ses victimes) de sa folie.

Vincent Rey
findutravail.net

Les « Gilets Jaunes » prennent conscience de l’apartheid économique

Hier-soir 10 décembre 2018, l’intervention du Président Macron ne donne aucune perspective. Les français attendaient une vision libératrice du futur, ils n’ont eu qu’un « petit papa noël », distribuant de « petits cadeaux ».

Partout dans le monde, la classe moyenne souffre. Le monde n’a jamais été aussi riche, mais la richesse est captée par une minorité de détenteurs de capitaux, au dépens du travail et des salaires. En 2017, 1% de la population mondiale a capté 82% de la richesse créée.

Les « Gilets Jaunes » sont l’appel de détresse que lançait la classe moyenne française, attaquée non pas par le Président Macron comme elle le croit, mais par un ultra-libéralisme international affranchi de toute morale, utilisant l’emploi comme un moyen de chantage contre les Etats. Un capitalisme qui était en train de couler en 2008, et que les citoyens ont pourtant renfloué à leur frais en 2008.

Puisqu’ils ne doivent en attendre aucune reconnaissance, que les « Gilets Jaunes » deviennent alors un signe de ralliement mondial, contre cette « religion féroce » et l’Apartheid économique.

V Rey
findutravail.net

Crise des Gilets Jaunes : mettre fin à l’erreur d’analyse et agir.

Aujourd’hui 8 décembre 2018, c’est « Rio Bravo » sur les champs Elysées. Dans le film de Gérard Jugnot « Une époque formidable » (1991), un patron de bistrot courrait après un SDF en criant « salaud de pauvre ! », pendant que l’autre s’enfuyait sans payer son café…en criant « te fatique pas…je suis raide ! ».

17 ans plus tard, malgré divers gouvernements de droite comme de gauche, rien n’a changé, tout à empiré : plus de chômage plus de précarité, rendant impossible toute transition écologique sereine.

Alors où peut bien se situer l’erreur d’analyse ?

Chômage de masse croît à partir de 1980 => subventions publiques ou réductions de charges => plus de dépense publique avec les mêmes charges (déficit) + délocalisations des entreprise (1990) => concentration de la fiscalité sur les particuliers, pour préserver les entreprises => de plus en plus de gens sous le seuil de pauvreté => crise financière de 2008 + soutien public massif des états aux banques => fiscalité accentuée sur les classes moyennes => accroissement du chômage et de la précarité des classes moyennes inférieures + prise de conscience écologique => éclatement de l’échiquier politique => fiscalité additionnelle environnementale ( inégalités Paris / provinces) => arrogance présidentielle, et leçons de morale écologique aux chômeurs et précaires => crise des Gilets Jaunes.

Autrement dit et en résumé : un processus en cours nous dirigeant inéluctablement vers un accroissement général de la précarité et vers l’impuissance de l’Etat, dont la cause initiale est la disparition du travail, que vient aggraver le maintien de pratiques financières « hors sol ».

Ne restons pas impuissants. Agissons résolument et radicalement, avec le mouvement Place Publique.

Vincent Rey
Findutravail.net

La TVA, pour rendre l’activité humaine plus vertueuse ?

Malgré toutes les déclarations de bonnes intentions des COP successives, les émissions de gaz à effet de serre progressent dangereusement. Que l’on croie ou non à la responsabilité de l’Homme dans le réchauffement climatique, il est facile de comprendre que nous ne pourrons pas indéfiniment altérer ainsi la composition de l’atmosphère.

Philippe Ciais, chercheur en climatologie dresse un rapide panorama de la situation en 2018 : Les émission de carbone croîtront encore de 2%. Toutes nos consommations d’énergie fossile sont en progression : pétrole, gaz, charbon, et dit-il, « on n’a toujours pas le pic des émissions en vue dans le monde, ni en Chine »(*). Le carbone émis par les avions en particulier, augmentera de 25%. Un tel constat fait voir à quel point les intérêts économiques prennent le pas sur tous les engagements internationaux, aussi souhaitables soient-ils.

Mais quelle fatalité y-a-t-il au gaspillage colossal d’énergie dans nos sociétés ?

Récemment, j’ai voulu changer le tapis « conducteur » de ma voiture, qui était très usé. J’avais besoin d’UN tapis seulement, mais je n’ai pu qu’acheter un lot de QUATRE tapis, comprenant les 2 tapis « avant » + 2 tapis « arrière ». J’ai donc jeté les 3 tapis de ma voiture qui étaient en bon état, pour installer les neufs à la place.

Gaspillage de ressources et d’énergie : trois parts sur quatre = 75%.

Si nous considérons qu’il y a une fatalité à cela, alors la transition énergétique restera un vœu pieux. Ni le remplacement de nos chaudières au fioul, ni la pose de panneaux solaires sur les toits, et tout ce que nous appelons pompeusement la « transition énergétique », ne seront en mesure de résoudre les problèmes environnementaux, si nous acceptons de gaspiller avec une telle légèreté jusqu’à 75% de nos ressources et de notre énergie. Un développement qui se satisfait de cela, usurpera toujours le qualificatif durable.

Il faudrait au contraire analyser chaque parcelle de l’activité humaine, et trouver un moyen d’inciter les producteurs à prendre un chemin vertueux. Mais comment faire ? Les contraindre ? les menacer ? Ces dernières années ont montré que les mesures coercitives sont mal acceptées, et donc contraire à la recherche d’efficacité.

Mieux vaudrait faire appel à un type de fiscalité modulable. Et en la matière, seule la TVA (1) peut remplir ce rôle, car il n’existe aucun autre dispositif qui épouse aussi complètement les imbrications de l’activité humaine, et ce dans toutes les combinaisons possibles des productions. Seule la TVA permettrait à la fois de taxer un produit ou un service abusif, entrant dans la composition d’une production, ou cette production elle-même si on la juge abusive, quand bien même chaque échelon de sa production serait vertueux.

Pour reprendre l’exemple de mes tapis de voiture, le producteur en ne les conditionnant que par 4, devrait être pénalisé par un taux de TVA supérieur. Cela grèverait ses bénéfices, et l’inciterait à adopter un comportement plus vertueux. Mais par contre, le producteur de fibres synthétiques entrant dans la composition de ces tapis n’est en rien responsable du conditionnement par 4. Et s’il est vertueux lui-même, ses bénéfices ne doivent pas être pénalisés par un surcroît de TVA.

De même, puisque l’on sait que les transports sont parmi les premiers contributeurs d’émissions de carbone, alors une entreprise comme Amazon pourrait se voir surtaxée au titre de la TVA. Le fabricant de chaussettes vendues sur Amazon lui ne le serait pas, car il ne peut pas être jugé responsable du transport de ses produits. La TVA perçue par l’Etat où s’effectue la vente, serait alors différenciée, suivant que l’on achète localement, ou à distance. Il s’ensuivrait que les prix des produits locaux auraient tendance à baisser, alors que ceux des produits transportés augmenteraient, tandis que pour les bénéfices, ce serait l’inverse.

On aurait peut-être là un système fiscal global, capable d’encourager les entreprises à la vertu écologique, et pourquoi pas aussi, à la vertu sociale. On pourrait peut-être introduire également de la progressivité sur les volumes : 100 000 fromages transportés par une firme depuis le Canada, pourraient se voir taxés à un taux supérieur que 10 fromages transportés sur quelques km par un petit producteur. Il y aurait peut-être là un bon moyen de rendre du bénéfice aux petits producteurs, de sorte à inverser la courbe des inégalités.

Une TVA incitative et différenciée, si elle était possible, serait peut-être le meilleur outil de l’écologie, meilleur en tout cas que les actions brutales tentées jusqu’à présent, telles que des éco-portiques, ou la surtaxation de l’essence. Car tout en gardant la souplesse de partenariat entre les différents producteurs, et leur liberté de création, les bénéfices des productions non vertueuses se verraient réduits. Ces dernières seraient aussi plus chères, une fois arrivées sur les rayons, et leur taux de TVA serait un indicateur très lisible de leur « qualité écologique et sociale » (un fort taux de TVA sur l’étiquette ne lui ferait pas une bonne publicité).

Reste un problème majeur : la concurrence, car il ne faudrait pas pouvoir aller acheter un bien « non vertueux » dans un pays étranger, où son taux de TVA serait plus faible. Il faudrait donc, mais c’est peut être à nouveau un vœu pieux, qu’une telle réforme fiscale s’applique en Europe, et non seulement en France. La TVA est aussi un impôt injuste, puisqu’elle touche indifféremment les personnes à faible et à fort revenu.

Ce n’est qu’une idée à creuser, et il faut réfléchir à ce qu’il faudrait faire pour qu’une telle mesure n’accroisse pas encore les inégalités (la gratuité sur l’essentiel par exemple). Mais existe-t-il une meilleure proposition, capable d’orienter la totalité de la production de biens et de services, avec la progressivité que l’on souhaite, sans paralyser l’initiative comme ce fut le cas dans l’ex-URSS, et ainsi tenter d’apporter une solution, aux problèmes environnementaux que la prolifération de notre espèce engendre ?

Vincent Rey
findutravail.net

(*) France Inter, le 7/9, le 6 décembre 2018.

(1) La TVA taxe la richesse produite par chaque intervenant successif dans une production. On parle de chaîne de valeur ajoutée car chaque intervenant pour régler sa TVA commence par déduire la TVA [A] qu’il a payé sur le TTC de ses achats de matières premières, et ajoute la TVA [B] qu’il doit facturer à son client sur la vente de sa production. La différence [B] moins [A] doit être réglée au Trésor Public, par chaque intervenant, puisqu’elle représente la taxe sur la richesse créée par cet unique intervenant.

Avec « place publique », imaginons ce que pourrait être LE CHANGEMENT

Que devons nous faire, avec Place Publique, ce nouveau mouvement populaire et réformateur ? Réformer la capitalisme, rien d’autre. Nous n’avons pas de problème institutionnel, ce qu’il nous faut c’est un programme vraiment différent.

La démocratie directe, ou un changement du mode de scrutin, ne changera rien aux forces économiques en présence, ni au pillage des ressources, ni à l’évasion fiscale ou à la dégradation de l’atmosphère. Un mode de scrutin qui amplifie les résultats du parti en tête n’est pas forcément mauvais. Il est au contraire, une garantie de stabilité, en obligeant des intérêts divergents à se rejoindre dans des programmes d’action.

Concernant le rôle de L’Etat, il a bien sûr un rôle central à jouer, mais il ne peut pas jouer celui d’inciter à l’activité économique en investissant de l’argent public. Il faut refuser cela, car dans un contexte de disparition du travail qui va en s’accélérant, on en arrivera en fin de course à payer autant de charges et d’impôts que nous avons de revenus.

Ne sommes-nous pas au début de ce processus ? Le « Peak Work » a été dépassé en Europe, depuis les années 1980 (*). Maintenant, l’offre de travail dépasse largement la demande. C’est une donnée qu’il faut désormais intégrer au capitalisme, s’il a toujours pour objectif de donner aux gens des moyens de subsistance sur cette Terre : un toit, de quoi se nourrir, de quoi s’éduquer et se soigner.

Il faut élire des députés, qui légiféreront sur la GRATUITE SUR L’ESSENTIEL, ainsi que sur la FIN DES PARIS SPECULATIFS DANS LA FINANCE. On doit aussi mettre sur pied une REFORME FISCALE capable d’impacter la totalité de l’activité humaine et d’orienter l’innovation (quel autre taxe que la TVA pourrait faire ça ?).

C’est tout cela que j’espère pouvoir proposer avec Place Publique….ce serait enfin une nouvelle proposition, qui n’opposerait pas le social à l’environnemental. Mais changer d’institutions ou de mode de scrutin ne serait qu’une perte de temps. Risquer de revenir à un régime instable de type 4ème république, ne ferait que nous pénaliser dans ces objectifs, avec le risque de les rendre tout à fait impossibles, par des renversements de majorité. De tels changements ne pourront se faire que dans des institutions assurant une certaine stabilité. Et ces institutions, nous les avons.

(*) ma démonstration sur ce point sur findutravail.net : article »La croissance crée l’Emploi ? » reprenant ce rapport de l’INSEE : « L’industrie automobile en France depuis 1950 » (Thierry Méot)

Vincent Rey,
place-publique.eu
findutravail.net