Le calvaire perpétuel de Maggy Biskupski.

La policière Maggy Biskupski s’est suicidée. Elle était une jolie jeune femme de 36 ans, célibataire, membre de la Brigade Anti-Criminalité des Yvelines. Sa vie était bien éloignée, de tout ce qui donne habituellement du bonheur dans la vie d’une jeune femme.

En 2016, elle avait fondé l’association « Mobilisation des Policiers en Colère », suite à l’attaque de 2 véhicules de police au cocktail Molotov à « la grande borne » brûlant gravement 2 de ses collègues. Elle était aussi visée depuis peu par une enquête de l’IGPN(1), pour « manquement au devoir de réserve », ce qui laisse à penser que sa hiérarchie entendait mettre fin à cette protestation.

La jeune femme avait aussi été la cible de propos injurieux, tenus par Yann Moix, à son grand déshonneur, lors de l’émission « On n’est pas couché ». Le polémiste avait sans doute voulu « faire le buzz », en évoquant des policiers qui « chient dans leur froc ». Il s’en repend amèrement à présent.

Les mots manquent. Quelle fatalité y-a-t-il, dans un pays riche comme la France, à tous ces jeunes gens tombant  sous les balles d’une Kalachnikov ? à tous ces suicides de policiers ? Sa mort doit nous interroger : comment cette jeune femme qui disait avoir eu une vocation pour le métier de policier, a-t-elle pu sombrer dans un tel désarroi ?

C’est sans doute qu’elle pensait exercer son métier en temps de paix, avant de comprendre, comme beaucoup de ses collègues, qu’elle était devenue le soldat d’une guerre sans fin, ayant pour champ de bataille les quartiers déshérités. Difficile de trouver un sens, à cette lutte quotidienne contre des jeunes gens révoltés, devenus eux aussi des guerriers, pour la préservation de leurs moyens d’existence illégaux…

Maggy Biskupski a sans doute éprouvé une grande lassitude. Elle a certainement voulu s’éloigner de cette comédie hypocrite, consistant à PRESERVER LES APPARENCES D’UNE NATION INDIVISIBLE, dans des quartiers où tout homme honnête voit qu’un APARTHEID ECONOMIQUE s’est durablement installé.

La répétition infinie de ses expéditions en « territoire ennemi », de ses arraisonnements, de ses menottages, avait sans doute fini par révolter tout son être. En tournant son arme contre elle, au lendemain du 11 novembre 2018, elle a peut-être voulu nous dire, à nous tous les « planqués de l’arrière », qu’elle ne « chiait pas dans son froc », et qu’elle nous envoyait tous « nous faire foutre », nous qui n’y comprenions rien.

A moins que le refrain de cette chanson de « poilus », ne lui soit soudain revenu en mémoire…

« Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes
C’est bien fini, c’est pour toujours
De cette guerre infâme  » (…)

Mesurant tout-à-coup combien son rôle de « CHAIR A CANON DU LIBERALISME »(2) l’éloignait de la vie et la rendait exsangue, elle n’a plus trouvé d’autre issue, pour échapper à ce calvaire perpétuel, que de mettre fin à ses jours.

Repose en paix, Maggy Biskupski.

Vincent Rey, findutravail.net

(1) IGPN : Inspection Générale de la Police Nationale

(2) référence à mon article  « Les policiers, chair à canon du libéralisme », paru sur le blog de Paul Jorion le 29 octobre 2016, suite à l’attaque de « La Grande Borne ».

(3) chanson de Craonne (1917)

 

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