Capitulation en rase campagne du PDG de Radio France

Il y a une semaine de cela, je m’étonnais de voir combien l’anniversaire des 50 ans de la première publicité télévisée, avait donné lieu à si peu d’analyse (1). La publicité doit-elle rester hors de l’analyse des problèmes qui nous touchent aujourd’hui ? environnement, culture,  atteintes aux femmes ?

En matière d’Environnement, au moins, la question méritait d’être posée. 15000 scientifiques du monde entier, ne nous avaient-ils pas rappelés en 2017 que nous sommes sur une « trajectoire de collision avec notre environnement », enjoignant l’Humanité à passer le plus vite possible, à un mode de vie plus sobre ?

Or la publicité ne vise-t-elle pas au contraire à nous faire consommer d’avantage, et donc à nous rendre moins sobre ?

L’intervention de Sybille Veil, PDG de Radio France ce mercredi 10 octobre(2) est pour le moins choquante, lorsqu’elle dit « pour moi la publicité qui est sur nos antennes, ce n’est pas un sujet (…) ». Car s’il devient de plus en plus clair, que nous devrons mener une guerre pour la sauvegarde de l’Environnement, la déferlante de publicité depuis 2 ans sur les ondes de France-Inter révèle une très grande contradiction : d’un côté la chaîne se positionne clairement en faveur de l’environnement, de l’autre, elle livre ses ondes à la publicité, ce qui va manifestement à l’encontre de cette ambition de sobriété.

On a en outre appris que cette publicité « dynamique » (ce sont ses termes) sur France Inter, avait rapporté plus de 42 millions d’euros, qui sont très utiles, nous dit Mme Veil, « pour qu’on ait des ressources suffisantes pour proposer des programmes de qualité », avant d’ajouter « C’est le succès qu’on a eu qui nous permet d’avoir des recettes dynamiques…et je trouve que nous inciter à avoir du succès, c’est quelque chose qui est plutôt positif ». De tels propos sont d’une hypocrisie consommée, pour les gens de mon âge, qui ont vu le déclin qualitatif de TF1…

S’il y a bien un lieu où la publicité devient insupportable, c’est sur le service public, car l’auditeur de France-Inter qui paie sa redevance a inévitablement l’impression qu’elle profite en partie à des sociétés privées. Il participe déjà au financement de la publicité, généralement à hauteur de 2% sur le montant de sa consommation, ce qu’il est déjà en droit de trouver inutile. Mais il y participe une seconde fois en payant sa redevance, qui devient alors, une sorte de subvention pour ces annonceurs.

Pourtant, selon Sybille Veil, la publicité « ne gênerait pas l’écoute, c’est ce que nous disent nos auditeurs, dans les différentes enquêtes qu’on a pu mener depuis 2 ans, depuis que les règles ont changé sur la publicité (…) ». On demande à lire ces enquêtes, car si jamais cette affirmation n’était pas vérifiée, Mme Veil aurait utilisé elle-même un procédé publicitaire, en brandissant mensongèrement cette majorité…(3)

Une bien drôle de façon de « remettre le public, au centre de notre attention« . Mais on comprend très bien que c’est le public de consommateurs qui est désormais le centre de l’attention de Radio France, et non pas le public de terriens.

Appelons cela plutôt une capitulation en rase campagne de Radio France, devant les dégâts futurs du capitalisme publicitaire et financier.

(1) Il y a 50 ans, en 1968, la première publicité télévisée…
(2) « l’INSTANT M », France Inter Mercredi 10 octobre
(3) Faire valider mensonge en prétendant qu’une majorité y croit, est un procédé classique de ce que Noam Chomsky nomme la « fabrication du consentement »

0Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *