Capitalisme et Écologie : l’anschluss

Pourquoi un tel immobilisme en matière sociale et environnementale ? Les menaces n’ont jamais été aussi nombreuses, ni aussi largement divulguées, par la télévision, par l’Internet, par la Presse, et pourtant, rien ne semble devoir bouger, ou si peu, dans notre organisation sociale. Il y a là une sorte de paradoxe.

L’immobilisme est de deux ordres. Il y a celui des lois, et celui des idées.

L’immobilisme des lois, on le doit principalement à la pression sociale qui s’exerce sur les gouvernements. La démission de Nicolas Hulot a eu ceci de positif, qu’elle a révélé ce que peuvent être les discussions au sein d’un gouvernement, sans cesse partagé entre des impératifs à court terme, tels que la création d’emploi, l’investissement productif dans notre pays, le financement des services publics, et des enjeux à plus long terme tels que le climat, la protection de la biosphère, les atteintes à la biodiversité.

Mais il y a une deuxième sorte d’immobilisme : CELUI DES IDÉES, qu’illustre parfaitement, en ce moment, le débat autour du projet « MONTAGNE D’OR » en Guyane.

Chacun devrait s’interroger sur la totale absurdité de la situation la-bas. Dans ce pays déserté par l’activité (0), la SEULE ACTIVITÉ LÉGITIME consisterait donc à travailler à la mine par 40 degrés, et à se mettre au service d’actionnaires étrangers, pour une durée limitée (jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’or à extraire), en se résignant à la dégradation de l’environnement ?! Notre organisation sociale en est-elle au point d’avoir rendu l’activité si exclusive, qu’elle ne peut plus profiter durablement aux citoyens ? Que coûterait une maison en Guyane aujourd’hui, si ce n’est à peu de choses près, le prix du travail ?

Ne pas voir cela, est déjà en soi quelque chose d’extraordinaire, surtout de la part du personnel politique de l’écologie. En Guyane, Yannick Jadot ou Pascal Canfin n’évoquent qu’une seule alternative, celle d’un éventuel projet d’écotourisme. Or un tel projet n’est pas réaliste. On ne peut pas y voir autre chose qu’une hypocrisie. Où trouver des capitaux pour la Guyane , lorsqu’il reste une quantité d’hôtels à construire sur les plus belles plages du monde, en des endroits où le climat et la faune sont bien plus accueillants (1) ?!

Pour ces « écologistes de l’immobilisme », que les Guyanais se débrouillent donc, avec la catastrophe sociale ! et peu importe, que l’on se fasse attaquer au distributeur de billets à Saint-Laurent du Maroni !

Pour eux, il n’est pas question de s’engager en faveur d’une autre organisation sociale. Le modèle auquel ils se réfèrent demeure le capitalisme, qu’ils souhaitent juste « amender » de diverses Taxes, dispositifs de surveillance, ou interdictions. Ils crient très fort que « le niveau des mers va monter ! », ou que « les gaz à effet de serre nous feront bouillir ! », mais ils sont réticents à s’unir, pour changer quoi que ce soit. Et nous avançons ainsi, « à petits pas », vers l’abattoir social et environnemental !

Ce n’est pas pour leur déplaire. Ils (3) se satisfont assez bien de l’arrivée des temps derniers, car ce qu’ils attendent en fait, c’est d’être payés en retour pour leur combat (2), et que l’Histoire retienne d’eux qu’ils étaient les « justes », ceux qui dans l’Histoire de l’Humanité, ont été les premiers à crier « au loup » (4) ! En revanche, pour ce qui est de s’unir pour sortir des schémas économiques qui nous engluent, tel que le propose Paul Jorion, ils sont aux abonnés absents, ça ne les intéresse pas. Ils n’ont pas de proposition à faire pour Saint-Laurent du Maroni en Guyane, mais ils n’en ont pas non plus pour ailleurs, hormis celle de se donner le « beau rôle ».

Une attitude d’indifférence stérile, qui en fait des alliés objectifs du capitalisme, dans son entreprise de destruction sociale et environnementale. N’est-ce pas là une chose paradoxale, que de ne pas pouvoir compter sur les défenseurs de l’Environnement, pour espérer un jour sauver la biosphère et l’espèce humaine ?!

Il serait grand temps de mettre fin à « l’anschluss » entre le capitalisme et l’écologie.

Vincent Rey, findutravail.net

(0) En Guyanne, 44% des moins de 24 ans sont au chômage selon l’INSEE, donc sans aucune ressource.

(1) La Guyane un lieu de villégiature ? pourquoi y envoyait-on les bagnards ?

(2) ou pour ce qu’ils imaginent être un combat, car aucun combat ne peut avoir aussi peu d’influence sur le réel

(3) mettons Nicolas Hulot à part, en attendant d’en savoir plus sur son analyse

(4) l’Histoire retiendra au contraire cette chose un peu ridicule, qu’il existait de naïfs soutiens du capitalisme financier, qui ont poussé jusqu’à la fin des cris d’orfraie.

Environnement : choisir entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale

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