Démission de Nicolas Hulot : la question que nous ne devrions pas cesser de discuter.

La démission spontanée de Nicolas Hulot(0) pose une question fondamentale : NOTRE SYSTEME ECONOMIQUE EST-IL COMPATIBLE AVEC LA SURVIE DE L’ESPECE, une question dont nous ne devrions pas cesser de discuter.

Pour Pascal Canfin (1), la réponse est OUI. Le Directeur Général du WWF-France affirme que « nous avons tous les moyens technologiques », pour assurer la transition écologique. Ce n’est pour lui, qu’une question d’ « organisation de l’Etat ».

Sur ce point, il s’oppose à ce que dit Nicolas Hulot, pour qui l’activité humaine elle-même est en cause(1). En critiquant « la recherche de la croissance à tout crin, sans de soucier de ce qui fait partie de la solution, et de ce qui fait partie du problème », Nicolas Hulot a singulièrement élargi le spectre de l’écologie. L’ex-ministre se demandait en particulier, au sujet de la construction de cet énorme porte-container à St-Nazaire, si les créations d’emplois et la prouesse technologique, méritaient à elles seules que l’on s’enthousiasme. Il en appelle maintenant, à une remise en cause « culturelle, sociétale, civilisationnelle ».

Certains ont dit avec raison, qu’en démissionnant de la sorte, Nicolas Hulot s’était positionné en « lanceur d’alerte », et il faut souhaiter que cette question de la COMPATIBILITE DU CAPITALISME dessine une nouvelle frontière (et pas seulement parmi les écologistes) entre ceux qui y croient, et ceux qui n’y croient pas. En évoquant les soucis « à court terme » et les arbitrages difficiles auxquels doit faire face le gouvernement, Nicolas Hulot a aussi montré combien la pression est forte sur les gouvernements, qui s’effraient à juste titre, d’introduire de nouvelles distorsions de concurrence, affaiblissant l’attractivité économique de notre pays. En augmentant le prix de revient de nos biens et services, le risque serait alors soit de VOIR PARTIR L’ACTIVITE, ou de la VOIR DISPARAÎTRE…un cercle vicieux, parfaitement illustré par ce titre choc de l’ouvrage de Paul Jorion, « LE DERNIER QUI S’EN VA ETEINT LA LUMIERE ».

L’immobilisme est donc de mise, et il le restera. La politique des « petits pas », jugée inefficace par N. Hulot, demeurera la seule possible, tant que la concurrence reste un totem intouchable, alors qu’il nous faudrait analyser la totalité de nos rapports marchands (à commencer par le travail), sous les seuls aspects de l’utilité et de la nocivité. Ce porte-container de 400m doit transporter quoi ? Est-ce vital, ou seulement utile, ou inutile ? Quelles sont les options technologiques prises ? Cela vaut-il le coup qu’on y travaille, et si on décide de n’y PAS travailler, comment assurer la subsistance des ouvriers ? Cette totale remise en question « culturelle et sociétale » (comme le dit N. Hulot) peut sembler vertigineuse. Rien d’impossible cependant, à condition toutefois, de faire abstraction de la concurrence.

Car « LA MAIN INVISIBLE » du marché, ne nous aidera pas à répondre à ces questions. Nous en détenons une sorte de preuve : depuis 50 ans que l’on s’alarme des problèmes d’Environnement et de chômage, l’un et l’autre n’ont pas cessé de progresser. TOUTES LES PROJECTIONS SONT TERRIFIANTES : 47% des emplois sont informatisables, selon une récente étude d’Oxford University (2), et 15364 scientifiques du monde entier ont à nouveau tiré la sonnette d’alarme, pour alerter l’Homme qu’il est sur une trajectoire de collision avec son Environnement. L’intensité en emploi de la croissance va donc continuer à diminuer, ce qui ne peut qu’accroître la pression sur les gouvernements, tandis que les produits ou des services issus de pays ou d’entreprises pratiquant le « moins-disant » fiscal, salarial et environnemental, continueront à s’imposer, et à « fournir » le principal de l’activité humaine.

Sur le blog de Paul Jorion, en septembre 2017, je souhaitais aussi attirer l’attention sur l’incapacité du capitalisme à innover dans la bonne direction, en montrant qu’il fallait à peu de chose près la matière de TROIS Renault R8 de 1973, pour faire UNE SEULE Audi Q7 de 2017, et je posais cette question : « à quoi servira d’avoir une voiture électrique, si elle est 10 fois plus grosse que l’ancienne ? ».

Un an plus tard, que nous propose la « main invisible » du marché, censée nous mener vers le meilleur bien-être collectif ? l’Audi Q8 !, une automobile encore plus grosse et plus lourde que la Q7 ! On a aussi appris ces jours-ci, que les SUVs viennent d’atteindre 30% de part de marché. Quant aux voyages en avion, leur nombre ne cesse d’augmenter, ce qui en dit long sur l’absence de vertu individuelle, en matière d’écologie.

Comment, si l’on s’en tient à l’opinion de M Canfin, pourrait-on enrayer cela ? Serait-il possible de taxer les SUVs ou le Kérozène comme le propose D. Khon-Bendit ? Certainement pas au point de menacer l’activité de la construction automobile, ou celle du transport aérien, car on en reviendrait alors à la politique des « petits pas », autant dire à l’immobilisme. Et lorsque M Canfin ajoute : « La dette financière et la dette écologique doivent être au même niveau », alors on se dit que bon sang, s’il règne une telle incompréhension, même au sein du personnel politique de l’écologie, alors nous n’avons pas fini de payer les dettes du capitalisme !

Car si grâce à la croissance mondiale, nous sommes de plus en plus nombreux dans le monde à pouvoir nous acheter une voiture ou à prendre l’avion (ce qui en soi, n’est pas forcément une mauvaise chose), soyons aussi conscients que ni les constructeurs automobiles, ni les voyagistes, ni aucun des acteurs économiques qui sont en guerre pour s’imposer sur leurs concurrents respectifs, ne sauront orienter l’innovation et favoriser le progrès social. Ils ne feront demain, que ce qu’ils font déjà aujourd’hui : actionner les leviers de l’influence de masse en se démarquant de la concurrence, pour persuader les consommateurs qui auront encore la chance d’avoir un salaire, d’acheter une voiture de 400 chevaux, où de prendre l’avion chaque week-end, ou à changer de maison tous les ans…. Ce qui à l’échelle du globe, entre autres problèmes du même ordre, nous mène tout droit à la pénurie des ressources, et à la catastrophe.

Si on regarde les choses en face, il faut donc admettre que :

1°) nous devons cesser d’attendre que chacun devienne vertueux, car cela n’arrivera jamais.

2°) il n’y a pas d’autre choix que de porter un coup fatal à la la concurrence. Faute de quoi celle-ci, nous emmènera jusqu’au dernier stade de la contrainte sociale et environnementale.

3°) il faudra bien qu’il y ait un PREMIER PAYS, A SE LANCER DANS CETTE VOIE DIFFICILE, en attendant d’être rejoint par d’autres.

Et ce grand pays qui oserait une nouvelle fois montrer la voie à l’Humanité, si ce n’est pas la France, quel pourrait-il être ?

Vincent Rey,
Août 2018,
suite à la démission fracassante de Nicolas Hulot.

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(0) France Inter 28 août : démission spontanée de Nicolas Hulot. Avancez jusqu’au 3 quarts environ pour entendre N Hulot.

(1) France Inter, le 7/9, 30 septembre 2018, Pascal Canfin etait l’invité de Nicolas Demorand

(2) « According to our estimates, about 47 percent of total US employment is at risk » dit cette étude d’Oxford University. (traduction : Selon nos estimations, 47% de l’emploi total américain est en risque »)

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