Kamel Salhi, Trappes, 23 août 2018 : ‘vrai’ terrorisme, ou l’acte d’un déséquilibré ?

Ce jeudi 23 Août 2018 à Trappes, un homme de 36 ans, fiché S, sans profession nommé Kamel Sahli, a exécuté au couteau sa sœur et sa mère (avec qui il avait une querelle d’héritage suite à la mort de son père), puis une autre femme qu’il a laissée entre la vie et la mort. Il s’est alors dirigé vers les policiers, qui après les sommations d’usage, ont fait usage de leurs armes, provoquant son décès. Plusieurs témoins ont entendu Kamel Sahli crier « Allah akbar » au moment des faits. On sait de lui qu’il avait été licencié d’un poste de chauffeur de bus pour des propos sur Allah, et qu’il était inscrit au registre des chauffeur de taxis. L’organisation Daech a revendiqué l’attaque quelques heures plus tard. Voila les faits.

Et voici ce qu’a déclaré le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb : le terroriste a « d’avantage le profil « d’un déséquilibré » que d’une personne « engagée » pouvant « répondre aux ordres et aux consignes d’une organisation terroriste ».

Dans la « guerre » que nous mène Daech, on range volontiers dans le tiroir de la folie ce qu’on ne veut pas reconnaître comme une nouvelle défaite. Être déséquilibré ou dépressif, c’est le cas général, pour ces individus qui renient la société des hommes, en se lançant dans ce type d’acte. Cependant la finalité religieuse de l’attaque de Trappes, doit en effet être relativisée, compte tenu du contexte familial dans lequel elle s’est produite, car on subodore que le litige d’héritage en question, jugé fantaisiste par la justice, devait porter sur le « patriarcat » de Kamel Sahli, et sur la position dominante qui lui était refusée dans sa famille, suite à la mort de son père.

Mais si on ne peut observer de réelle différence, entre par exemple la fusillade de Las Vegas (concert de country), celle du Bataclan à Paris (daech), ou celle de Anders Breivik en Norvège (extrême droite), alors la « guerre » doit être menée, non pas contre l’islamisme, mais contre la folie. N’y aurait-il pas des points communs entre ces individus qui, dans différents pays, en viennent à estimer soit qu’ « ils n’ont plus rien à perdre », soit qu’ils n’en ont « plus rien à foutre ». Ne peut-on identifier des tensions communes, ayant favorisé chez eux, la rupture avec l’Humanité ?

La finalité religieuse de ces actes, lorsqu’il y en a une, n’est en définitive, que la « touche finale » d’un mal plus profond. La solitude, les ambitions déjouées, le manque d’argent, le remord, le déclassement, le sentiment d’inutilité, semblent jouer un rôle, chez ces hommes et ces femmes. Un certain sentiment « d’inexistence sociale, familiale, ou professionnelle », ne vient-il pas se confronter douloureusement avec l’injonction de réussir selon le schéma élitiste pratiquement aristocratique, régulièrement asséné par des médias de masse, et que symbolise assez bien par exemple « cette publicité » ?

Certains individus, chez qui ce « grand-écart existentiel » devient insupportable, ne renouent avec l’existence qu’en se projetant dans l’exécution d’actes terrifiants et ostentatoires. Cela prend tantôt la forme d’une attaque « INCEL » à Toronto (célibataire involontaire), d’une BMW fonçant dans une Pizzeria à Sept-sors (sans revendication), d’un avion se jetant contre une montagne (German Wings), ou dernièrement d’une attaque au couteau en criant « Allah akbar » suivi d’un suicide par attaque de la police à Trappes (Daech).

Il serait donc utile de trouver un autre nom pour désigner ces actes dont la caractéristique commune est d’être ultra-violents, ostentatoires, et commis par des gens ayant le sentiment d’être en DEFICIT D’EXISTENCE, ce qui questionne notre modèle social dans son ensemble, et non plus seulement l’islamisme.

Proposons celui de « TERRORISME EXISTENTIEL ».

Vincent Rey, Août 2016.

David Patterson, (pizzeria de Sept-sors, 15 aout 2017), «avait beaucoup de diplômes, mais ne parvenait pas à trouver du boulot», selon son ex-petite amie . Voir cet article de Paris Match. J’ai lu quelque-part (malheureusement je n’ai pas pu le retrouver) qu’il avait déclaré qu’il préférait « aller en prison, plutôt que d’être au chômage ».

Andreas Lubitz profite d’un moment seul dans le cockpit pour s’isoler, et fracasse 1h plus tard son Airbus contre une montagne (German Wings, 24 mars 2015, 150 morts). Son amie a déclaré l’avoir entendu dire « Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, et tout le monde connaîtra mon nom et s’en souviendra ». Echec de ses prétentions à devenir pilote. Lubitz ne pouvait pas envisager que son ‘existence’ en tant que pilote devait cesser. Quelqu’un devait payer de façon fracassante, pour le rétribuer à la hauteur de sa déception et de ses efforts : les avions, les passagers, la compagnie..?.

Alek Minassian (Toronto, 25 avril 2018, 10 morts), avait déclaré sur Facebook « Gloire au Gentleman Suprême Elliot Rodger ! » (un précédent célibataire involontaire, assassin de plusieurs personnes). Ses ambitions et ses efforts pour accéder au bonheur sexuel et familial rencontraient un mur. En faisant payer les femmes, il rejoignait dans la ‘gloire’ (de sa communauté incel) Eliott Roger.

Vester Lee Flanagan filme l’assassinat de deux de ses ex-collègues journalistes de la WDBJ-TV en 2015 avec une caméra GoPro, peu après son licenciement, alors qu’ils sont en train de réaliser une interview en direct (2 morts, une blessée). Il déclare ensuite « I filmed the shooting sea Facebook » (« j’ai filmé les coups de feu, regardez sur Facebook »). Première médiatique d’un « shooting on air » (en direct), et poursuite en voiture en direct.

0Shares

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *