Le pont de Gênes était-il vraiment incontournable ?

Une semaine après l’effondrement du pont à Gênes, qui a causé la mort de 43 personnes, on peut s’étonner que, malgré les nombreuses enquêtes et témoignages mettant à jour la vétusté du pont, aucune réflexion économique de fond ne semble devoir émerger. Est-ce donc une sorte de fatalité, de laisser circuler 5000 camions par jour sur un pont qui n’était pas prévu pour cela, que l’on suspectait de mal vieillir ? Faut-il désespérer de la voir venir, cette analyse critique du capitalisme, même lorsque quelque chose d’aussi symbolique survient, jetant aux yeux du monde entier, une telle absurdité ?

Comment ne pas voir dans ce pont effondré, LE SYMBOLE DE L’HOMME ET DE LA TERRE, sur lesquels roulent l’économie libéralisée ? Comme ce pont fragile, le capitalisme chancelant nous dirige inéluctablement vers un futur indésirable. A une toute autre échelle cependant. Des experts nous ont pourtant prévenus : nous sommes sur une « trajectoire de collision avec le monde naturel »(1). Voila pour la Terre. Quant à l’avenir de l’Homme, une étude d’Oxford nous dit que 47% DES EMPLOIS (américains de 2013) sont informatisables(2). Le travail humain, va donc continuer à disparaître au même rythme qu’a disparu le travail des chevaux au début du 20ème siècle. Nous serons alors de plus en plus nombreux à être privés de moyens de subsistance, ce qui donnera raison aux prévisions de Keynes(3)…

Et pourtant, nos économies concurrentielles sont engagées sur ce pont, et toutes nos institutions en protègent l’existence. Nous sommes comme cette file de véhicules, lancés vers le gouffre qui va s’ouvrir sous nos pieds. Ces 5000 camions transportaient certainement des marchandises pour la plupart inutiles, que des entreprises doivent vendre à tout prix, pour subsister, et faire un bénéfice. Les économistes libéraux nous disent qu’il est impossible de nous arrêter, et de faire autrement…

N’écoutons pas ce discours, ou nous finirons broyés.

Vincent Rey, findutravail.net

(1) 15000 scientifiques disent que nous sommes sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Voir également cet article de 2017 paru dans le journal du CNRS.

(2) « According to our estimates, about 47 percent of total US employment is at risk » dit cette étude d’Oxford University. (traduction : Selon nos estimations, 47% de l’emploi total américain est en risque »)

(3) Keynes avait prédit l’apparition d’un chômage de masse, causé par notre découverte rapide de moyens d’économiser le travail, dépassant le rythme auquel nous pouvons trouver de nouvelles activités » (texte original, cité dans l’étude ci-dessus : « (..) due to our discovery of means of economising the use of labour outrunning the pace at which we can find new uses for labour ».)

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