Bernard Guetta, « le Monde est fou ».

Bernard Guetta quitte France Inter, parce qu’il ne comprend plus le monde.

Voici le message que je viens d’envoyer à France Inter :

Quel dommage que Bernard Guetta quitte votre antenne. Ses analyses m’étaient chères, tout comme aux auditeurs qui se sont manifestés. Cependant, je comprends ses raisons qui le poussent à retourner sur le terrain, chercher une explication aux « nouvelles années 30 » que nous sommes en train de vivre.

Qu’il m’excuse par avance cette réflexion, si jamais elle devait le blesser, mais je pense que s’il ne se sent plus légitime pour animer cette chronique, c’est peut-être parce qu’il estime s’être trompé.

En quoi ? : en pensant que le progrès de la démocratie et celui de notre modèle d’économie financiarisé allaient de pair. Aujourd’hui, l’essor des populismes à la surface du globe, y compris dans les plus grandes démocraties du monde montre que cette erreur, il est loin d’être le seul à l’avoir commise. C’est sans doute même la faute d’analyse la mieux partagée à la surface de la Terre.

En ne voulant pas voir la « religion féroce »(1) de l’économie financière qui coiffe nos démocraties, les peuples occidentaux attaquent ce qu’ils voient : la démocratie, qu’ils assimilent à l’économie internationalisée et au mélange des peuples. S’ils se trompent gravement concernant les étrangers, se trompent-ils vraiment, en voyant confusément dans « l’international » (ce qu’ils ne peuvent peut-être pas désigner précisément comme étant « La finance et la concurrence à l’investissement international »), le véritable instrument de coercition dont ils sont les victimes, et qu’ils nomment volontiers « le système » ?

Les peuples arabes, quant-à eux, ne pouvaient pas voir dans la démocratie leur ennemi, puisqu’elle était généralement absente. Ils ont donc attaqué leurs dictatures post-coloniales, en pensant que l’économie suivrait. Mais ils se trompaient de cible : la même « religion féroce » coiffe maintenant leurs nouveaux régimes, tout comme elle coiffait leurs anciennes dictatures. D’où leur déception et surtout leur incompréhension : pourquoi la démocratie aurait-elle procuré d’immenses richesses à l’occident, et les refuserait-elle à la Tunisie ?

Aussi M Guetta, revenez-nous vite, après avoir exploré les contrées populistes. On vous pardonne ces erreurs, si c’est comme je le pense la raison de votre départ. Et pourquoi ne pas imaginer une nouvelle chronique, à votre retour, que vous partageriez avec Paul Jorion, ce nouveau « Keynes » que personne en France, ne semble apprécier à sa juste valeur. A vous deux, vous pourriez par vos débats, fournir l’antenne d’Inter avec des analyses superbes de justesse.

(1) « La religion féroce » est un terme que Paul Jorion utilise, pour décrire les mécanismes du capitalisme financier, qu’il a exploré dans ses moindres détails. En travaillant au cœur du système financier (secteur prime et sub-prime aux USA), il a pu prédire la crise de 2008.

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