Où sont les « partisans » ?

On a vu Emmanuel Macron célébrant solennellement l’anniversaire du 18 juin, puis sermonner vertement ce jeune collégien bravache qui lui avait lancé un amical « ça va Manu ! ».

Voici ce que le président français lui a répondu : « (…)Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui c’est la Marseillaise et le Chant des partisans. Alors tu m’appelles Monsieur le président de la République, ou Monsieur. D’accord ? ». Suivit une leçon de morale à l’insolent : « (…) le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir tes diplômes, et à te nourrir toi même, d’accord ? (…) Ceux que tu es venu honorer aujourd’hui, ils ne se sont pas juste contentés d’avoir la « barre » (ndlr : le diplôme sans mention que disait avoir obtenu le collégien). S’ils avaient suivi ça, ils seraient comme beaucoup à l’époque restés chez eux (…) »

Tout le monde a le droit de dire des bêtises, y compris le Président de la République, mais cet amalgame bizarre entre diplômes et Résistance appelle une question. Le Président Macron se prendrait-il pour un « partisan » d’aujourd’hui ? (0). Ferait-il, là où il est, oeuvre de résistance à notre époque, que l’on peut certes comparer aux années 30, tant les signes se multiplient témoignant d’un pourrissement idéologique ?

Aux USA, la décomposition ne fait plus de doute. Devant le dilemme imposé par le capitalisme, mettant en opposition l’action pour l’Homme et l’action pour l’environnement, Donald Trump a choisi l’Homme américain, contre l’environnement mondial et contre tous les autres hommes. Sans surprise, il applique son programme : protectionnisme économique, tolérance zéro contre les migrants… Une politique aux effets de plus en plus insupportables pour les humanistes , à l’image de la journaliste Rachel Maddow, incapable de poursuivre son journal télévisé. 2000 enfants mexicains ont été séparés de leurs parents depuis la mi-avril, et placés dans des sortes de cage au Texas.

En Europe l’extrême droite gagne aussi, et le fruit pourrit par l’Italie. En ce 18 juin 2018, le ministre de l’Intérieur Mattéo Salvini déclare vouloir « recenser » les Roms, une mesure qui rappelle de mauvaise mémoire, les décrets-lois raciaux de Mussolini; une dérive populiste et raciste issue de la dégradation économique, dans ce pays que l’on sait lourdement endetté par la crise capitaliste de 2008 (3 budgets de retard), en première ligne pour l’immigration, et où faute de travail, seulement un citoyen sur 3 finance le budget de l’Etat.(2)

Les uns après les autres, des pays ou des régions aspirent à s’isoler de la pauvreté, et s’ingénient à désigner des « boucs émissaires ».

Qu’ont-ils en commun, ces pays, à part le capitalisme ? Citons les : le Royaume uni avec le Brexit, la Hongrie, La Pologne, les Etats-Unis, L’Autriche, L’Italie, la Lettonie, les Philippines, le Danemark… En France même, au pays des Droits de l’Homme, l’ex-premier parti de droite « Les Républicains » (rétrogradé second depuis le score de Marine LePen à l’élection présidentielle), devient perméable aux idées nationalistes. Laurent Wauquiez, son président, ne vient-il pas de laisser publier un tract nauséabond, associant impôts, immigrés, et terrorisme…? Enfin en Allemagne, dans ce pays déjà marqué par l’infamie, le nouveau parti « Alternative fur Deutschland » arrive à trouver l’adhésion d’un allemand sur 5, alors que sa présidente Frauke Petry suggérait en février 2016 de tirer sur les migrants.

Alors où sont-ils les partisans d’aujourd’hui, ceux qui formeront la Résistance de demain ? 

Ce sont justement ces gens, qui à l’image de l’anthropologue belge Paul Jorion, ont compris depuis assez longtemps la propension du capitalisme à  faire disparaître le travail, à accroître sans fin les inégalités, ainsi que sa tendance inhérente à négliger à la fois l’Homme et son Environnement. Ce sont aussi des gens comme Noam Chomsky aux USA, qui s’insurgent contre ces analystes économiques et politiques, dévoués à « la fabrication du consentement  » pour le compte des transnationales qui les ont infiltrés (1). Ce sont enfin des gens, qui savent qu’ils ne doivent rien attendre d’une croissance que la concurrence à l’investissement rend de plus en plus stérile en emploi, laissant au fil du temps une part croissante de la population nationale et mondiale dans le dénuement.

Lorsque l’Europe se sera disloquée, lorsque lasse du chômage et d’autres crises à venir, elle se sera livrée toute entière aux idées extrémistes, lorsque l’accentuation des inégalités poussera des millions d’africains à prendre le chemin de l’Europe, lorsqu’en tout point du globe une couche de plastique recouvrira les mers et que les poissons en seront malades, lorsque nous aurons irréversiblement modifié la composition de l’atmosphère, lorsqu’un humain sur 2 sera obèse et que le diabète tuera plus que le tabac, lorsque les médias livrés à la publicité achèveront de produire de l’ignorance pour vendre du sucre, lorsque la violence économique étendra ses tags et ses ruines au delà des banlieues pour gagner le centre des villes, lorsque las d’attendre la croissance, on aura fait place à la guerre, pour le seul bénéfice de vendre des armes, il sera temps alors, pour tout un chacun, de devenir un « partisan » de l’abolition du capitalisme financier et publicitaire…

Mais est ce que ce ne sera pas un peu tard ?

Vincent Rey, findutravail.net

(0) Cette association entre diplôme et résistance est pour le moins bizarre : les historiens savent qu’en 1940 à Londres, il y avait toutes sortes de gens, et que les diplômes n’ont pas empêché 569 parlementaires (contre 80) de donner des pouvoirs dictatoriaux au Maréchal Pétain.

(1) Ne faut-il pas voir, dans ces « infiltrations », la « cinquième colonne » du capitalisme ? Le meilleur exemple de cela, nous l’avons eu l’année dernière, quand François Fillon, sérieux candidat à la présidentielle 2017, s’imaginait être le conseiller d’ AXA, dont il recevait l’argent dans sa société 2F Conseil. Une société dont il a déposé le bilan depuis. Si ses aptitudes au conseil n’ont pas pu disparaître, n’est ce pas plutôt son influence potentielle sur les lois qui était recherchée ?

(2) Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que ce citoyen « financeur » de l’Etat, s’estime écrasé d’impôts, et qu’il ait des velléités de sécession : Californie, Catalogne, Lombardie…

 

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