Environnement : choisir entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale

Voila le problème de l’Environnement tel qu’il est posé aujourd’hui : choisir, entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale (0).

Le Maire de St-Laurent du Maroni, Léon Bertrand, en faveur du projet « Montagne d’Or » (projet de mine d’or assez polluant en Guyanne):  « J’ai des milliers de gamins aujourd’hui qui n’ont pas de travail, et moi j’ai besoin d’aller vite, parce que au lieu d’avoir une catastrophe environnementale, nous risquons d’avoir une catastrophe humaine. »

Pascal Canfin, du WWF France lui répond : « il ne s’agit en aucun cas de mettre la Guyanne sous cloche. Simplement il faut choisir un mode de développement : soit on détruit l’Amazonie française, pour faire des mines d’or avec des capitaux russes et canadiens, soit on invente un modèle de développement durable, basé sur l’éco-tourisme, beaucoup plus créateur d’emploi que le modèle minier, qui font que ensuite tous les profits s’en vont au Canada ou en Russie. » (1)

Il me semble, qu’il y a là en petit, tout le problème de l’environnement tel qu’il se pose à l’échelle de la Terre.

Rester à hésiter entre les 2 options de ce choix est stérile. Si l’on choisit l’Humain contre l’Environnement, c’est la catastrophe. Et c’est également la catastrophe si l’on choisit l’Environnement contre l’Humain.

Il faut inventer une troisième voie, et cela n’est peut-être pas si difficile, car personne n’a envie d’aller travailler dans une mine d’or, un travail certainement pénible et peu rémunéré. En revanche, toutes ces personnes en situation de pauvreté là-bas, ont du temps, qu’ils pourraient consacrer à améliorer leur condition, et ils auraient certainement des tas d’idées pour ça, si les lois le leur permettaient.

Si vous lisez cette page, svp réagissez.

(0)  France Inter, 2  avril 2018, le 5-7

(1) Eco tourisme ? la porte de sortie serait la consommation d’éco-tourisme ?  La Guyanne, avec son humidité, ses moustiques, ses tarentules, ses sansues ? il y aurait un potentiel touristique en Guyanne ?

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Un commentaire en rapport avec ce projet « Montagne d’Or », fait sur le blog de Paul Jorion, suite à une remarque de « Juanessy », qui appelait à une « meilleure articulation entre le hard de l’économie (..) et l’ardente obligation « écologique » (..) ».

Ci-dessous la réponse que je lui ai faite.

C’est bien de ça dont il faut parler, de « l’ardente obligation écologique » ET « sociale » : d’ouvrir des pistes sur les orientations d’une éventuelle « constitution économique ».

Et pour ça, rien de tel qu’un cas concret : le projet « Montagne d’Or » en Guyane est un cas concret. On a là-bas une situation désespérée, qui est peut-être à l’image de notre futur :

– une tension sociale telle, que les gens qui sont encore « intégrés » socialement, redoutent une agression dans la rue, ou en allant au distributeur de billets.
– un déficit d’activité énorme (je crois que j’ai entendu 40% de chômage chez les moins de 25 ans)
– un projet aux bénéfices sociaux limités (extraire de l’or) et aux conséquences environnementales désastreuses, soutenu par des capitaux internationaux, certainement des fonds de pension, finançant des retraites.

C’est un cas d’école. Tant qu’on n’aura pas imaginé, pour ce cas guyanais, comment pourraient s’articuler « le hard de l’économie » (c’est à dire le jeu normal des intérêts), et l’ardente obligation « écologique et sociale», on n’aura pas avancé d’un pouce. Comment diriger l’activité humaine dans le sens de son profit individuel et collectif, sans revenir aux affres d’un système planifié de style URSS ?

Il me paraît évident pour ma part, que l’activité est « sclérosée ». Libérée des contraintes qui encadrent l’activité de marché, les guyanais pourraient créer de la richesse, et de la richesse durable pour eux, ils pourraient se construire des maisons, des routes, des hôpitaux, restaurer l’environnement, toutes choses immédiatement et directement profitables pour eux.

Au lieu de cela, et puisque ces contraintes du marché s’appliquent, il n’y a pour eux pas d’autre alternative que d’envisager cette activité de la mine d’or, malgré son caractère temporaire (quid lorsqu’il n’y aura plus d’or à extraire ?), et malgré les dégâts écologiques qu’elle peut entraîner, car elle est la seule activité (dans ce cadre) qui peut soulager la tension sociale, en apportant des revenus.

Ne la voyez-vous pas à l’oeuvre, là, cette « religion féroce », que décrit Paul Jorion ? Elle est à la fois la cause du problème (le chômage, la pénurie, la pollution future) et elle empêche que l’on trouve une solution (on ne peut espérer retirer un gain qu’à la mine, ou en investissant dans le capital de la mine…).

On ne peut pas simplement se contenter d’être contre le projet « Montagne d’or » , ni de proposer comme alternative une solution que l’on sait douteuse, à l’image du projet d’écotourisme proposé par le WWF.

M Canfin (WWF) risquerait-il sa propre retraite sur un tel projet d’écotourisme ? Sans doute pas. Pourquoi des fonds de pension le feraient-ils alors ? La Guyane n’est pas l’île Maurice, et quand bien même on réussirait, à force de subventions ou de publicité, à convaincre des consommateurs de venir dépenser leur argent en Guyane, cela poserait d’autres problèmes écologiques : les voyages en avion par exemple, ainsi que la pollution « culturelle » de la publicité.

Au demeurant, si les ressources consacrées à ces subventions ou publicités pourraient peut-être créer « aux forceps » une activité d’écotourisme, comment s’assurer que ces ressources ne sont pas issues elles-même d’activités polluantes ou inutiles ?

Le problème Guyanais a le mérite de dévoiler une question économique fondamentale, à laquelle il est plus que jamais utile de répondre : quelle est la part de l’activité humaine, considérée en temps humain et non pas en richesse produite, qui profite directement à l’Homme, sur un plan individuel ou collectif ?

Vincent Rey, le 13 juin 2018

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