Le terrorisme InCel, déchet mortel de l’industrie publicitaire ?

Voici ce que je lis sur un forum INCEL (CELibataires INvolontaires), que je ne citerai pas pour ne pas lui faire de publicité. Je traduirais après.

« An hero thread should be banned unless…they include a livestream link. That’s the only way to prove that they’re actually serious about offing themselves and that they’re not LARPing trolls. Thoughts? »…puis un peu plus loin dans le fil de discussion « Disagree. Legit suicidecels should be revered by the community. They’re martyrs. » (1)

Traduction : Une grappe de discussion intitulée « héro » devrait être exclue … à moins d’inclure un lien « vidéo en direct ». C’est la seule façon de prouver qu’ils sont sérieux au sujet de se sacrifier, et qu’ils ne sont pas des trolls, en train de se la jouer. Vos avis ? »…puis dans la discussion…« pas d’accord, les Célibataires Suicidaires légitimes devraient être révérés par la communauté. Ce sont des martyrs.

Ainsi les INCEL, tout comme les Islamistes, glorifient leur héros, et ils ont leur martyrs. « All hail the Supreme Gentleman Elliot Rodger ! »  a dit le meutrier Minassian, après sa course meurtrière sur les trottoirs de Toronto. (traduction : « Tous – ndlr : c’est à dire toutes celles et ceux que Minassian a renversés – saluent le Gentleman supreme Elliot Rodger », allusion à un « martyr » de la même « cause » , assassin de 6 personnes, lors de la tuerie d’Isla Vista, Californie en 2014) . 

Quelle différence , qu’ils crient « allah akbar », « All hail the Supreme gentleman… », ou « Britain first » comme l’assassin de la députée Joe Cox ? Ces gens tuent pour exister. C’est ça la clé. L’inactivité, et les réseaux sociaux favorisent incontestablement l’émergence de ces nouvelles « communautés de haine », en leur donnant une existence sociale, et l’opportunité de s’inscrire dans une « légende ».

Cependant, ils n’en sont que les agrégateurs, et les véhicules. Mais quelle peut être l’origine de ces nouvelles haines ?

Puisque le religieux n’y tient aucune place, l’hypothèse que la propagande de masse, exercée quotidiennement par les médias, y joue un rôle prédominant n’est pas absurde. L’amour, le plaisir sexuel, le bonheur familial, magnifiés quotidiennement dans les publicités pour vanter le moindre soda ou parfum, se sont changés en une frustration de tous les instants pour les InCels. Cette frustration qui est le moteur de la publicité (c’est en tentant de la combler que vous êtes censés acheter le produit) a dégénéré en folie haineuse des « Chads et les Stacys » chez ces esprits faibles. Et surtout des ‘Stacys’, ces jeunes femmes bourgeoises auxquelles les InCels ont renoncé avec rancœur, et qui sont sans doute plus proches de ces icônes médiatiques qu’ils ne peuvent atteindre.

Lorsqu’on parle de pollution, il n’y a pas que des déchets nucléaires, du co2, ou des emballages plastiques. Il y a aussi du déchet dans les idées :  la folie de Minassian a tué en quelques minutes plus de monde à Toronto, que les 4 réacteurs de Fukushima.

Seule lueur d’espoir de cette histoire aux prolongations terrifiantes, le sang froid de l’officier de police Ken Lab qui n’a pas tiré, privant ainsi Minassian d’entrer « dans la légende » de cette cause absurde.(2)

Mettons fin à l’influence de masse, le marché n’en souffrira pas. Rejoignez moi sur findutravail.net

(1) pour info, ici LARP = « Live Action Role-Playing » (jeu de rôle), d’où « LARPing », être en train de faire un jeu de rôle = faire semblant.

(2) Toronto Police au sujet de Ken Lab et la video de l’arrestation de Minassian

Ces fous furieux, que le capitalisme a déshumanisés : Alek Minassian, Toronto, avril 2018.

L’attentat de Toronto, commis par  Alek Minassian (10 morts, et 5 blessés graves) vient de me donner une nouvelle fois raison. Le terrorisme en expansion est un phénomène qui dépasse largement le religieux. Ses racines puisent dans la déshumanisation(0), dans la solitude, en quelque sorte dans le « déficit d’existence » que génèrent nos sociétés. Alek Minassian n’était pas islamiste mais INCEL (célibataire involontaire), et il a brandi cette identité pour commettre son acte terroriste, en déclarant dans un post « The Incel rebelion has already begun. We will overthrow all the Chads and Stacys. » (traduction : « la rebelion incel a déjà commencé. Nous renverserons tous les Chads et les Stacys »..)

Les « Stacys » et les « Chads » (1) est une expression moqueuse, désignant les fils et les filles des enfants de bourgeois, bénéficiant d’un bon réseau. Le « Chad » typique a obtenu une licence de Droit, il a reçu à 16 ans sa BMW en récompense de son bac, il joue au tennis, et obtient facilement les faveurs sexuelles d’une « Stacy », son équivalent féminin. Les « Chads and Stacys » trouvent aussi facilement un job grâce au réseau de leurs parents, et ne tardent pas à venir habiter les quartiers chics des villes, lorsqu’ils se marient et fondent une famille.

Le terrorisme INCEL est donc né. C’est en quelque sorte une guerre contre « l’establishment économique et sexuel ». Si l’on ne s’attaque pas aux racines de cette déshumanisation, il faut se préparer à voir émerger d’autres types de terrorisme.

(0) deshumanisation (wikipedia) . Selon le professeur Ervin Staub, la violence collective correspond à un processus évolutif trouvant son origine dans la frustration de besoins humains primaires tels que les besoins de sécurité, d’identité positive, de contrôle et de compréhension du monde qui nous entoure, et d’autonomie. Cette violence émergerait plus facilement lorsque les conditions de subsistance deviennent difficiles au sein d’une société en raison de problèmes économiques, de conflits politiques ou encore de changements sociaux importants.

(1) https://en.wikipedia.org/wiki/Chad_(slang)

Les 3 gaspillages du Nucléaire.

En 2016 un sondage (1) faisait le point sur l’opinion des Français vis-à-vis du Nucléaire. Ils restaient minoritaires (47%), tous ages confondus, à souhaiter la fermeture des centrales, bien que majoritaires chez les moins de 49 ans (plus de 55%) . En tête des raisons invoquées, ces « abolitionnistes » plaçaient la question des déchets pour 35%, puis venait la crainte d’un accident de type Tchernobyl pour 32%. La tendance semble donc à l’abandon du nucléaire, au fur et à mesure que la population vieillit. Et pourtant, s’il est un mot qui devrait venir à l’esprit pour évoquer le nucléaire civil, ce n’est ni celui de « déchet », ni celui d’ « accident », mais bien celui de « gaspillage ».

Avant d’en donner les raisons, il peut être utile de visualiser les deux graphiques ci-dessous, pour donner quelques ordres de grandeur. En 2015, l’électricité représentait 46% de notre consommation d’énergie totale (graphique de gauche, en % de mtep), et 77% de cette électricité (graphique de droite) provenait du nucléaire(2). L’éolien et le solaire (3) , représentaient 5.01 % de la consommation(4) d’électricité française. La combustion de biomasse dans les incinérateurs représentait 0.00% (5). Ces chiffres donnent une idée de la prépondérance du turbinage hydraulique (11% des 16%) dans la production d’électricité, lorsqu’elle provient de sources d’énergies renouvelables.

Quelles qu’en soient les causes, un nombre insuffisant d’équipement, ou une faiblesse intrinsèque de ces sources d’énergie, les chiffres du soleil et du vent sont là. Il n’y aurait eu ni vent ni soleil en 2015, nous n’aurions presque rien senti. Il n’y aurait eu ni centrales ni barrages, nous aurions dû nous passer de 95% de notre électricité. Mais venons-en aux gaspillages du Nucléaire, puisque c’est le sujet de ce billet.

Le premier de ces gaspillages n’a pas besoin d’être démontré. Il suffit d’observer en hiver les énormes panaches sortant des cheminées des centrales, pour savoir que l’on fait peu de cas de la préservation de la chaleur. Les calories émises par la fission nucléaire sont en nombre colossal, et on se soucie peu d’en gaspiller 70% (6), pourvu que soit maximisé le bénéfice [nombre de KWh x bénéfice par KWh]. Tel ne serait pas le cas, si on s’était donné pour contrainte la préservation de la chaleur ou la minimisation des déchets. Ces panaches témoignent de la conception productiviste que nous avons de l’énergie, une conception qui perdure depuis l’origine de la machine à vapeur (7), lorsque furent installées les premières pompes de Newcomen (8) au dessus de puits de charbons en Angleterre. .

Le deuxième gaspillage du nucléaire est un gaspillage de risque. 96% des réacteurs nucléaires dans le monde (9) ne peuvent être arrêtés en urgence, car ils utilisent du combustible solide (uranium ou plutonium), qui entre en fusion, lorsque la chaleur ne peut plus être évacuée par le fluide caloporteur (généralement de l’eau pressurisée). La chaleur qu’il dégage fait alors fondre tout l’acier et le béton qui se trouve sur son passage, et il s’enfonce, jusqu’à ce qu’il se retrouve dans l’environnement. La chaleur peut également désintégrer l’eau et donner lieu à des explosions d’hydrogène. A Fukushima, la fusion de 4 réacteurs a failli avoir des conséquences très graves pour le monde entier (10). Il est donc souhaitable de se doter d’une technologie qui supprime ce risque. Mais en attendant de pouvoir le faire, et puisque ce risque est constant pour une centrale, qu’elle délivre 30% ou 100% de sa capacité, toute production d’électricité alternative (3) venant se substituer à la production d’électricité nucléaire, est un gaspillage de risque : on se prive de l’électricité d’origine nucléaire, qu’il ne serait ni plus dangereux, ni plus coûteux de produire dans les centrales en activité.

Le troisième gaspillage du Nucléaire est technologique. La plupart des informations ci-dessous sont reprises du documentaire « La face gâchée du Nucléaire » (11), qui le démontre parfaitement. Il existe une bien meilleure technologie que ces « cocottes minute » à chaleur incontrôlable, que sont les réacteurs à eau pressurisée de type « Three Mile Island », « Tchernobyl »,  ou « Fukushima » (9). Ce nouveau type de réacteur, nommé MSR (Molted Salt Reactor), utilise du combustible liquide, et il est resté « aux oubliettes » depuis 1968, malgré les expériences extrêmement encourageantes menées au Laboratoire National d’Oak Ridge (ORNL), sous la direction du professeur Alvin Weinberg. Weinberg connaissait bien les qualités et les défauts des réacteurs actuels (à combustible solide et eau pressurisée), pour en avoir jeté les bases en 1946, avec d’autres savants. Il considérait cependant son expérience d’Oak Ridge comme sa plus belle contribution scientifique. Dans le réacteur MSR, le processus de fission a lieu dans un liquide  constitué principalement de sel fondu et d’uranium. La solution était élégante, car elle supprimait le risque de fusion, la dilatation du sel fondu faisant stopper la réaction en chaîne sans intervention humaine. D’autres aspects du réacteur MSR  furent mis en évidence :  un volume de déchets à production égale diminué de 80%, l’absence totale de déchets radioactifs au delà de 300 ans, la possibilité de remplacer l’Uranium par du Thorium (un matériau abondant partout dans le monde), et la facilité de construction (pression de 1 bar, au lieu de 80, 130, ou 150 bars).

De telles caractéristiques, si encourageantes en termes de sécurité et de minimisation des déchets, auraient dues inciter le Nucléaire français – détenu à 84% par l’État censé être une émanation des citoyens – à s’intéresser au réacteur MSR. C’était sans doute trop de changements radicaux pour cette industrie, qui lui préféra l’EPR (European Pressure Reactor). Dans les réacteurs EPR, les risques de fusion et d’explosion d’hydrogène demeurent (combustible solide pouvant fondre, si l’eau pressurisée à 150 bars cesse de circuler), ainsi que la production de déchets de longue « vie ». En témoignent le récupérateur de corium, et une enceinte de confinement étanche à une surpression de 5,5 bars (l’efficacité de ces dispositifs de sécurité ne pouvant être éprouvée). Tenter de se prémunir contre de tels risques est forcément onéreux : le « démonstrateur » EPR de Flamanville coûtera finalement 10.5 milliards d’€ (12) , au lieu des 3 prévus à l’origine. Par comparaison, il ne faudrait qu’un seul milliard  (pas même un 2000ème  du PIB français de 2017), pour amener un réacteur MSR au stade du « démonstrateur ».

Quel sens doit-on donner à tout cela ? l’État français a-t-il protégé les intérêts d’Aréva (Orano depuis 2018), fortement impliqué dans la construction de ces centrales, et dans le recyclage des déchets nucléaires ? Ou bien n’était-il déjà plus capable, en 1992, de prendre le moindre risque technologique pour le bien commun ?

(1) Sondage IFOP de 2016 sur le nucléaire

(2) Source : INSEE, Structure de la consommation d’énergie primaire (tableaux en millions de tonnes équivalent pétrole, mis en porcentage) et production brute et consommation d’électricité. (en TWh, mis en pourcentage).

(3) éolien : 3.73% de la production d’électricité française en 2015 (21,2 sur 568 Twh) contre 9,5% en Allemagne. Solaire : 1,28% de de la production d’électricité française en 2015 (7.3 sur 568 Twh).

(4) ou de notre production, ce qui est la même chose, car nous consommons à peu de chose près toute l’électricité que nous produisons.

(5) la combustion des déchets dans les incinérateurs représentait une production d’électricité de 3.6 GWh en 2013 (Ademe). Cela représentait 0.00063% (0.0036 sur 568 TWh) de la production brute d’électricité de 2015, dont 50% est reconnue d’origine renouvelable (biomasse) les 50 % restant étant de véritables déchets.

(6) 70% : chiffre obtenu directement auprès d’un ingénieur de la centrale de Saint-Laurent des Eaux, lors de ma visite du coeur de la centrale, dans les années 2000.

(7) Machine à vapeur : une centrale nucléaire est une grosse machine à vapeur. Le réacteur nucléaire y remplace le charbon, pour produire de la chaleur, et changer de l’eau en vapeur, ce qui permet de générer une force mécanique. On condense ensuite la vapeur (en la refroidissant) pour qu’elle retourne à l’état d’eau liquide dans le circuit. C’est le rôle de ces énormes cheminées, d’apporter une source de froid dans le condenseur.

(8) Les machines de Newcomen étaient des pompes utilisées pour l’exhaure des mines, qui gaspillaient beaucoup de charbon, mais puisqu’il y avait abondance de charbon sur place, les exploitant n’y prêtaient guère attention. A la fin du 17ème siècle, un autre pionnier de la vapeur mesurait les effets de chaque morceau de bois ou de charbon qu’il brûlait sous ses « machines à feu », et même la façon lente ou rapide avec laquelle il les consumait. (Papin : « A new digestor, or engine for softening bones… »)

(9) En 2012, sur les 436 réacteurs nucléaires installés dans le monde, 96% d’entre eux (418) fonctionnaient avec du combustible solide, et de l’eau pressurisée entre 70 et 130 bars comme fluide caloporteur. Ils se répartissaient ainsi : 272 PWR (Pressure Water Reactor, genre Three Mile Island),  84 BWR (Boiling Water Reactor, genre Fukushima), 47 PHWR  (Pressure Heavy Water Reactor, genre Three Mile Island amélioré) et 15 LWGR (graphite moderated light water cooled, ou RBMK, genre Tchernobyl).

(10) A Fukushima, on se souvient que si par malchance, le vent avait été mal orienté, la ville de Tokyo (30 millions d’habitants) aurait due être évacuée.

(11) « Thorium, la face gâchée du nucléaire ». Documentaire de Myriam Tonelotto sur Youtube.

(12) Pression, quelques chiffres sur l’EPR de Flamanville : cuve du réacteur :  150 bars de pression; enceinte de confinement restant (théoriquement) étanche à 5.5 bars en cas  de fusion du réacteur, ou d’explosion d’hydrogène. Coût du « démonstrateur » : 10.5 milliards   selon EDF au lieu des 3 prévus au début de la construction.

 

 

Environnement : choisir entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale

Voila le problème de l’Environnement tel qu’il est posé aujourd’hui : choisir, entre la catastrophe humaine et la catastrophe environnementale (0).

Le Maire de St-Laurent du Maroni, Léon Bertrand, en faveur du projet « Montagne d’Or » (projet de mine d’or assez polluant en Guyanne):  « J’ai des milliers de gamins aujourd’hui qui n’ont pas de travail, et moi j’ai besoin d’aller vite, parce que au lieu d’avoir une catastrophe environnementale, nous risquons d’avoir une catastrophe humaine. »

Pascal Canfin, du WWF France lui répond : « il ne s’agit en aucun cas de mettre la Guyanne sous cloche. Simplement il faut choisir un mode de développement : soit on détruit l’Amazonie française, pour faire des mines d’or avec des capitaux russes et canadiens, soit on invente un modèle de développement durable, basé sur l’éco-tourisme, beaucoup plus créateur d’emploi que le modèle minier, qui font que ensuite tous les profits s’en vont au Canada ou en Russie. » (1)

Il me semble, qu’il y a là en petit, tout le problème de l’environnement tel qu’il se pose à l’échelle de la Terre.

Rester à hésiter entre les 2 options de ce choix est stérile. Si l’on choisit l’Humain contre l’Environnement, c’est la catastrophe. Et c’est également la catastrophe si l’on choisit l’Environnement contre l’Humain.

Il faut inventer une troisième voie, et cela n’est peut-être pas si difficile, car personne n’a envie d’aller travailler dans une mine d’or, un travail certainement pénible et peu rémunéré. En revanche, toutes ces personnes en situation de pauvreté là-bas, ont du temps, qu’ils pourraient consacrer à améliorer leur condition, et ils auraient certainement des tas d’idées pour ça, si les lois le leur permettaient.

Si vous lisez cette page, svp réagissez.

(0)  France Inter, 2  avril 2018, le 5-7

(1) Eco tourisme ? la porte de sortie serait la consommation d’éco-tourisme ?  La Guyanne, avec son humidité, ses moustiques, ses tarentules, ses sansues ? il y aurait un potentiel touristique en Guyanne ?

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Un commentaire en rapport avec ce projet « Montagne d’Or », fait sur le blog de Paul Jorion, suite à une remarque de « Juanessy », qui appelait à une « meilleure articulation entre le hard de l’économie (..) et l’ardente obligation « écologique » (..) ».

Ci-dessous la réponse que je lui ai faite.

C’est bien de ça dont il faut parler, de « l’ardente obligation écologique » ET « sociale » : d’ouvrir des pistes sur les orientations d’une éventuelle « constitution économique ».

Et pour ça, rien de tel qu’un cas concret : le projet « Montagne d’Or » en Guyane est un cas concret. On a là-bas une situation désespérée, qui est peut-être à l’image de notre futur :

– une tension sociale telle, que les gens qui sont encore « intégrés » socialement, redoutent une agression dans la rue, ou en allant au distributeur de billets.
– un déficit d’activité énorme (je crois que j’ai entendu 40% de chômage chez les moins de 25 ans)
– un projet aux bénéfices sociaux limités (extraire de l’or) et aux conséquences environnementales désastreuses, soutenu par des capitaux internationaux, certainement des fonds de pension, finançant des retraites.

C’est un cas d’école. Tant qu’on n’aura pas imaginé, pour ce cas guyanais, comment pourraient s’articuler « le hard de l’économie » (c’est à dire le jeu normal des intérêts), et l’ardente obligation « écologique et sociale», on n’aura pas avancé d’un pouce. Comment diriger l’activité humaine dans le sens de son profit individuel et collectif, sans revenir aux affres d’un système planifié de style URSS ?

Il me paraît évident pour ma part, que l’activité est « sclérosée ». Libérée des contraintes qui encadrent l’activité de marché, les guyanais pourraient créer de la richesse, et de la richesse durable pour eux, ils pourraient se construire des maisons, des routes, des hôpitaux, restaurer l’environnement, toutes choses immédiatement et directement profitables pour eux.

Au lieu de cela, et puisque ces contraintes du marché s’appliquent, il n’y a pour eux pas d’autre alternative que d’envisager cette activité de la mine d’or, malgré son caractère temporaire (quid lorsqu’il n’y aura plus d’or à extraire ?), et malgré les dégâts écologiques qu’elle peut entraîner, car elle est la seule activité (dans ce cadre) qui peut soulager la tension sociale, en apportant des revenus.

Ne la voyez-vous pas à l’oeuvre, là, cette « religion féroce », que décrit Paul Jorion ? Elle est à la fois la cause du problème (le chômage, la pénurie, la pollution future) et elle empêche que l’on trouve une solution (on ne peut espérer retirer un gain qu’à la mine, ou en investissant dans le capital de la mine…).

On ne peut pas simplement se contenter d’être contre le projet « Montagne d’or » , ni de proposer comme alternative une solution que l’on sait douteuse, à l’image du projet d’écotourisme proposé par le WWF.

M Canfin (WWF) risquerait-il sa propre retraite sur un tel projet d’écotourisme ? Sans doute pas. Pourquoi des fonds de pension le feraient-ils alors ? La Guyane n’est pas l’île Maurice, et quand bien même on réussirait, à force de subventions ou de publicité, à convaincre des consommateurs de venir dépenser leur argent en Guyane, cela poserait d’autres problèmes écologiques : les voyages en avion par exemple, ainsi que la pollution « culturelle » de la publicité.

Au demeurant, si les ressources consacrées à ces subventions ou publicités pourraient peut-être créer « aux forceps » une activité d’écotourisme, comment s’assurer que ces ressources ne sont pas issues elles-même d’activités polluantes ou inutiles ?

Le problème Guyanais a le mérite de dévoiler une question économique fondamentale, à laquelle il est plus que jamais utile de répondre : quelle est la part de l’activité humaine, considérée en temps humain et non pas en richesse produite, qui profite directement à l’Homme, sur un plan individuel ou collectif ?

Vincent Rey, le 13 juin 2018