25 % d’inactifs dans les pays de l’Union Européenne. Où nous emmène la concurrence ?

Vincent Rey, article publié sur le blog de Paul Jorion, le 23 février 2018

Que représentent 3 millions de chômeurs en France ? Ce chiffre n’a pas tellement de sens, si on ne le met pas en proportion de la population active. Il est en outre peu fiable, car chaque gouvernement a ses méthodes de comptage, et radie plus ou moins vite les chômeurs des listes. Le Taux d’emploi (%) est donc un moyen plus fiable, pour mesurer l’activité d’un pays, la population inactive pouvant se déduire de la différence. L’utilisation du taux d’emploi a aussi l’avantage de faire apparaître (par déduction) les oisifs, qui ne sont pas en nombre négligeable (1).

Une fois représentée la part des actifs dans la population active (2) , il est intéressant de visualiser aussi le pourcentage qu’ils représentent dans la totalité de la population du pays. C’est ce qui a été fait pour chaque pays dans les graphiques de droite (3), afin d’obtenir une représentation de la charge que portent les actifs, pour financer la société de leur pays. Il faut cependant garder à l’esprit que ce ne sont pas tous les actifs qui contribuent au financement du pays considéré, car il y a parmi eux, des actifs touchant un revenu issu de la redistribution, tels que les professeurs, les militaires, les fonctionnaires territoriaux (4). Et plus le pays est développé, plus le pourcentage de ces emplois dans la population active est élevé, car on peut estimer que c’est un signe de développement que d’avoir de bonnes écoles, de bons hôpitaux, une bonne armée, de bonnes infrastructures, et des gens qualifiés pour les faire fonctionner. En France par exemple, ces emplois sont détenus par 8,5% de la population totale (5). Et donc pour estimer exactement la part de la population totale qui finance le fonctionnement de la société, c’est à dire celle qui produit la valeur ajoutée, il faudrait pour la France amputer encore la part des actifs de 8,5%, ce qui la porterait  à 37%.

Une première chose que l’on peut remarquer dans ces graphiques, c’est que pour tous les pays cités, la part des inactifs dans la population active ne descend jamais en dessous de 25%, même en Allemagne, ou au Royaume uni, que l’on nous dit être les champions de l’emploi. Dans tous les pays cités, il y a donc au moins une personne sur 4 en âge de travailler en Europe, qui ne travaille pas, ou du moins officiellement.

Une deuxième chose remarquable est que 7 ans après la crise de 2008, de nombreux pays européens dont la France, voient la part des actifs devenir inférieure à celle des inactifs dans la totalité de la population. Le record étant détenu par la Grèce et l’Italie, où seulement 34 et 36% de la population totale travaillent. Un pays développé comme l’Italie, ne pourra plus longtemps tenir avec aussi peu d’actifs pour financer son éducation et son système de santé, car compte tenu des emplois publics à déduire, il y aura bientôt en Italie seulement un habitant sur 4 qui contribuera officiellement à la création de richesse.

Le cercle vicieux de la concurrence entre pays européens et avec le monde, nous entraînera jusqu’au bout de cette spirale. L’amélioration du taux de chômage en ce début 2018, ne doit pas faire oublier que des vagues massives de licenciements se préparent dans le secteur tertiaire, en particulier dans la grande distribution et dans la banque. Les budgets des pays évolués n’auront alors pas d’autre choix, pour rester présents dans l’univers économique concurrentiel, que de sabrer encore un peu plus dans la dépense publique. A l’image de l’Irlande, qui pour récupérer de l’industrie(6), s’inflige depuis 2010 un programme de rigueur sans précédent. C’est certes efficace pour l’investissement, pour la croissance et pour l’emploi, mais cela ne résout pas le problème de la concurrence entre pays. Les citoyens irlandais semblent d’ailleurs n’y voir aucun espoir (7).

Où nous mène cette concurrence mortifère, à l’intérieur même de l’Union Européenne et dans le monde ? A force d’être inactifs, est ce qu’on ne sera pas un jour paralysés, ou totalement démunis ?

(1) Une estimation des oisifs en France en 2015 : 100% de la population active, moins 63,8% (taux d’emploi dans la population active), moins 10 (taux de chômage estimé dans la P.A.) = 26.2% , soit une personne sur 4 dans la population active française. Qui sont ces gens dont on ne parle pas ? des gens découragés de trouver un travail, des personnes au foyer, des gens qui travaillent au noir, des rentiers…il serait intéressant d’en connaître la répartition.

(2) Graphiques « camembert » de gauche. Les données proviennent du tableau INSEE : « Taux d’activité et taux d’emploi dans l’UE en 2015 » : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2569336?sommaire=2587886

(3) Pour représenter 100% de la population totale d’un pays, j’ai utilisé le taux d’activité, qui est la proportion de la population active dans la totalité de la population. Il faut multiplier ce taux d’activité par un certain nombre, pour obtenir 100% de la population. Il faut ensuite diviser le taux d’emploi dans la population active par ce même nombre, pour obtenir le taux d’emploi dans la population totale.

(4) Ceci peut sembler en contradiction avec l’idée que les emplois publics participent à la production richesse. La fonction publique est certes inclue dans le calcul du PIB , cependant, si tout le monde était professeur ou militaire, le budget de l’Etat serait égal à zéro. Seule l’activité marchande, génère de la valeur ajoutée, capable de financer le secteur public.

(5) 5.65 millions d’emplois publics en 2015 = 8.5% de 66.3 millions (population totale de 2015) : https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/Hors_collection/insee-premiere1640.pdf

(6) Voir la part record de l’industrie dans le PIB irlandais, dans ce graphique de la Banque Mondiale  : https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NV.IND.TOTL.ZS?locations=IE-DE-FR-IT-ES-GB

(7) Croissance sans précédent en Irlande : https://www.usinenouvelle.com/editorial/irlande-la-croissance-et-apres.N383810

grâce à seulement 12.5% d’impôt sur les sociétés, et des coupes sévères et un plan de rigueur drastique depuis 2010 : https://www.usinenouvelle.com/article/l-irlande-devoile-les-quatre-annees-de-rigueur-a-venir.N142073

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