Tel un dinosaure, hypnotisé par sa propre météorite…

Vincent Rey, le 08 01 2018

Quelle est la part humaine, et quelle est la part des cycles du soleil dans le réchauffement de l’atmosphère(1) ? on ne le sait toujours pas. Ce point, qui divise toujours les « carbone-croyants » du GIEC et les « carbone-sceptiques » n’a finalement que peu d’importance, à l’heure ou 15300 savants du monde entier  tentent d’avertir l’Homme, qu’il est sur une « trajectoire de collision » avec son environnement (2). Le réchauffement et l’acidification des océans sont là, et personne n’en conteste la rapidité, mortelle pour de nombreuses espèces.

Le réchauffement climatique n’est qu’un seul des problèmes auquel l’Homme doit faire face. Il y a aussi l’épuisement des ressources, le gaspillage et la production de déchets, tandis que l’absence de volonté collective pour changer de modèle économique, et la généralisation de ce modèle à la surface du globe, ne peuvent qu’accentuer ces tendances dans la durée. Des problèmes  sociaux très graves progressent aussi : chômage de masse, aggravation des inégalités, détérioration des conditions de travail, économies sous-terraines. Notre impuissance à les résoudre produit de la peur, du repli identitaire, du repli religieux, lorsque ce n’est pas la guerre, jetant des milliers de familles sur les routes, pour fuir un conflit ou l’indigence économique.

L’inquiétude grandit, et chaque homme à qui la vie laisse un peu de temps pour réfléchir, pense à ses enfants, et tente d’apercevoir le futur. On se met à l’écoute des intellectuels, et des savants, qui confrontent leurs vues(3). Le plus souvent, ces analyses laissent de côté les aspects économiques. Ou bien c’est encore pire : ils semblent se résigner aux conséquences destructrices de notre modèle de développement, avec le même immobilisme qu’un dinosaure observant sans comprendre dans le ciel, l’arrivée de la météorite qui va l’anéantir.

A quoi peut bien nous servir alors notre intelligence, si nous n’agissons pas plus pour notre survie, que ces gros lézards à cervelle d’oiseau qui nous ont précédés sur Terre ?

D’un stupéfiant pessimisme, Stephen Hawking estime que la terre en 2600 sera une « grosse boule de feu »(4). Les humains devront quitter le système solaire pour Proxima du Centaure, à 4 années lumière de la Terre. On est sidéré. Celui que l’on présente comme l’un des plus grands esprits de notre temps semble avoir renoncé à tout espoir de sauver l’Humanité, autrement que par ce départ précipité vers un autre système solaire. Il vous incite dès aujourd’hui, à financer son projet « breakthrough » (passer au travers). Amis terriens : ne tentez plus rien pour sauver la Terre : réservez dès maintenant à votre descendance un ticket pour Proxima du Centaure, car il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde…

Le biologiste Joël de Rosnay refuse l’éventualité du collapse, que prônent, pense-t-il, des gens en quête de sensationnel. Il imagine un monde libéré de la question de l’énergie, avec une centrale solaire géante installée dans le Sahara, fournissant une énergie dé-carbonée au monde entier. Parallèlement, l’Homme s’est « augmenté », et en 2517, il profite de nouvelles possibilités de communication avec les plantes et les animaux. Un joli rêve de biologiste , que l’on peut ranger dans la catégorie des visions idylliques que nous avions de l’an 2000 : opulence, et oisiveté pour tout le monde, instruction, altruisme et générosité généralisée. L’an 2000 nous a déçu, est-il raisonnable de croire au paradis de 2517 ? : comment l’Homme pourrait-il devenir généreux, dans un contexte économique qui ne cesse de promouvoir la rivalité et le profit individuel, au dépens de presque tout le reste ?

L’économiste Jacques Attali (3) voit l’Homme du 26ème siècle en dehors de son enveloppe corporelle, et sa conscience libérée du corps n’est plus un attribut de la personne. Elle est devenue LA conscience humaine, une entité collective. L’Homme devient alors une sorte de figure divine, omniprésent, omniscient, unique et indivisible, détaché des plaisirs et des souffrance de la chair. Mais avant d’en arriver à ce stade désincarné, il devra, nous dit-il, passer par une « phase totalitaire » pour régler les soucis environnementaux ! L’ex-conseiller spécial de François Mitterrand n’aspire pas à l’arrivée au pouvoir de « Kmers Verts », certainement non, mais il invite à s’y résigner, comme s’il estimait que des forces incommensurables maintiennent l’activité humaine sur sa funeste trajectoire. Est-ce une sorte d’appel à une réaction politique, pour stopper la météorite environnementale, ou un terrible aveu d’impuissance ?

D’un pessimisme total, le professeur Guy McPherson a abandonné sa chaire de biologie à l’université d’Arizona (5), où il a enseigné pendant 20 ans. Pour lui, la fin de l’Homme est proche, il ne lui reste plus que quelques mois. Il décrit la civilisation comme un moteur thermique, dont il fait remonter l’existence au néolithique, dès que l’Homme s’est organisé pour l’élevage, et pour stocker le grain. Ses observations l’ont conduit à cesser toute activité, autre que celle d’avertir le monde de l’imminence de notre extinction.  Les espèces qui n’ont pas le temps de s’adapter au changement climatique meurent, et  l’Humanité à son tour s’éteindra à très court terme, lorsqu’elle ne pourra plus se nourrir. Une prévision qui ressemble fort à celle du film de science fiction « soleil vert » (12), dans lequel les hommes vieux sont incités à avancer leur décès, pour servir de nourriture aux plus jeunes, sous forme de tablettes de protéines. Pour McPherson, L’accélération de la température sur Terre est la conséquence inéluctable de la civilisation. Même un retour immédiat à un mode de vie écologiquement neutre, tel que, par exemple,  celui des indiens d’amérique, ne pourrait pas nous sauver, car l’abandon brutal de l’industrie priverait tout à coup l’atmosphère du rôle refroidissant des aérosols. On assisterait alors à une accélération soudaine de la température de l’atmosphère(6). L’ex professeur d’université ne voit aucune porte de sortie, pas même dans les solutions de géo-engineering (13), et il dénonce le silence dans lequel est en train de s’opérer la sixième extinction de masse, aussi bien dans les médias « mainstream », trop occupés à faire de l’argent et à vendre des illusions, que chez les scientifiques « mainstream », trop attachés au prestige de leur poste pour annoncer cette très mauvaise nouvelle.

Ne nous reste-t-il plus alors, qu’à faire le pari risqué que la totalité du réchauffement climatique est imputable aux cycles du soleil, pour espérer survivre à la « grosse boule de feu » évoquée par Hawking, ou à la sixième extinction de masse prédite par McPherson ?

Depuis quelques années, le monde de la technologie semble se mobiliser. Tous les jours, des start-ups « environnementales » font de nouvelles propositions, visant à diminuer l’impact humain sur l’environnement.  Les citoyens aussi se mobilisent, en prenant des initiatives, les jardins potagers se multiplient, et les appels à être vertueux pour la planète également. Malheureusement, cette volonté de chercher et d’inventer n’existe pas en Science économique, comme si le champ de cette discipline se considérait désormais en dehors de l’Histoire des hommes.

La résurgence actuelle des nationalismes, des régionalismes, et même les premières atteintes graves à la démocratie en Europe(8), devraient pourtant inviter les tenants de cette science à l’introspection. N’est-il pas contradictoire, pour les économistes, de reconnaître le rôle économique du traité de Versailles dans l’ascension du nazisme dans les années 30, et de ne pas voir aujourd’hui le rôle historique que peuvent jouer le chômage de masse et l’accroissement des inégalités ? Cette science, si c’en est vraiment une, ne devrait-elle pas foisonner de propositions pour enrayer ces phénomènes ? Mais non. En dehors de quelques analyses sonnant l’alerte, comme celles de l’américain Noam Chomsky, ou du belge Paul Jorion,  les dogmes de la libre-concurrence, de le croissance et de la productivité, demeurent inattaquables, quelles que soient leur conséquences néfastes, sociales et environnementales, et des médias sous contrôle(9) continuent de les promouvoir avec beaucoup de complaisance.

Inévitablement, le citoyen sous l’influence de cette propagande, se persuade que le monde dans lequel il vit, est le meilleur possible (10), et qu’il ne peut rien y changer.

Chaque jour qui passe rend pourtant plus urgente la nécessité de se détacher de cette idée, si l’on veut éviter à la fois des dégâts irréversibles à l’environnement, et cette « phase totalitaire » évoquée par Jacques Attali, dont on observe déjà les prémisses : nationalismes, oppositions à la science et à la technologie, prosélytisme alimentaire, refus des vaccins, débuts d’appels à l’insurrection par des « minorités agissantes ».

Tant que cette remise en question économique n’est pas faite, on en restera à la perspective sévère, si magnifiquement exprimée en quelques mots par l’anthropologiste et économiste Paul Jorion (11), pour exprimer ce cercle vicieux, dans lequel nous entraîne la concurrence : « LE DERNIER QUI S’EN VA, ETEINT LA LUMIERE ».

(1) Les arguments de Vincent Courtillot, critiquant les analyses du GIEC :

(2) en 1992 déjà, 1700 chercheurs, dont une centaine de prix Nobel, avaient lancé l’avertissement d’une collision de l’Homme avec son environnement. Avertissement réitéré en 2017 par plus de 15 000 scientifiques de 184 pays dans la revue BioScience

(3) Jacques Attali, Joël de Rosnay, et Paul Jorion, imaginent l’Homme et la Terre en 2517

(4) Selon Hawking, « La Terre sera une grosse boule de feu d’ici 2600 »

(5) Le professeur Guy McPherson assure que la sixième extinction sera irréversible dans quelques mois

(6) Une hypothèse que met en doute Vincent Courtillot, le réchauffement imputable au carbone suivrait peut-être une asymptote.

(7) Souvent peu populaires, comme la voiture à air comprimé de Guy Nègre, qui est zéro pollution, mais qui a des roues toute petites. Rien à voir avec l’audi Q7 :

(8) Atteintes à la séparation des pouvoirs en Pologne . Reporter sans frontières alerte contre les atteintes à la liberté de la presse dans le monde

(9) Contrôle financier des médias : selon le canard enchaîné, Bernard Arnault mécontent des révélations des Paradise Papers, priverait «Le Monde» de 600.000 euros de publicité (à lire sur 20 minutes.fr) . Pourquoi le ferait-il s’il considérait que l’effet est nul ?

(10) Vous doutez de l’influence exercée par les firmes sur l’opinion ? regardez « Cholestérol le grand bluff », documentaire de Anne Georget. Résumé par Sonia de Villers

(11) Le dernier qui s’en va étient la lumière. Editions Fayard

(12) La mort douce avant d’être changé en tablette de protéines. Soleil Vert, R Fleicher, 1973.

 

 

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